05/09/06

Billets de Mai 2006

Note de l'Auteur : Voici les billets d'humeur de mon ancien Blog pour mai 2006, classés par ordre déchronologique, avec une mise en page proche de l'originale, sans les images ni les commentaires... Questions et réactions bienvenues.

31/05/2006

Question de statue

John Grishham, à la fois bon paroissien et bon fils d'Oxford, Mississippi (oui, parce que l'Oxford en Angleterre, hein, faut pas pousser non plus), est un écrivain. Un bon écrivain ? Sans doute, puisque le succès fou de ses pavés à lettres dorées sur la couverture ne s'est jamais démenti et que la plupart ont été adaptés au cinéma (dont "La Firme"). En plus il est assez sexy. Et riche, maintenant qu'il a du succès.

Mais quand même, il est un peu étrange. Oh, pas comme Michael Jackson ou les personnages de Stephen King, pas même comme le Kane d'Orson Welles, mais bizarre quand même. Il faut savoir qu'Oxford est une petite ville extrêmement littéraire. Le nombre de maisons d'édition et d'auteurs, amateurs ou non, y est faramineux pour une si petite bourgade. C'est dû au nom (c'était d'ailleurs fait exprès), et aussi à ce que Faulkner y est né.

Il y a vécu, et puis il en est parti parce qu'il méprisait avec élégance les crétins de cette ville (c'est à dire les 99% de ses habitants) qui ne comprenaient rien à son oeuvre. Il est d'ailleurs mort pauvre, parce que les gens qui pouvaient le comprendre étaient très peu nombreux. Et c'est d'ailleurs toujours le cas. Bien que ce fut un homme très privé, et contre la volonté de la famille, il y a une statue de cet auteur sur je ne sais plus quelle place.

Il est évident que Faulkner pousserait les hauts cris s'il pouvait et tempêterait contre la municipalité pour que cette statue soit retirée, mais il est mort et les pouvoirs publics ont toujours raison lorsqu'il s'agit de s'attirer des touristes. Quant à John Grishham, il voulait lui aussi une statue. Après tout, avec ses thrillers, il a beaucoup plus de succès et s'est fait beaucoup, oh lala, beaucoup plus d'argent que l'autre vieille baderne...

Best-seller-John loue Faulkner comme un Dieu (ce qui est mieux que de le vendre aux touristes, admettons...) et a suivi son parcours de près, à tel point qu'il a construit sa maison dans sa ville natale, puis qu'il a migré vers la ville ou Faulkner lui-même avait déménagé par la suite. Mais vous avouerez que pour vouloir une statue à côté d'un des grands noms de la littérature et de la philosophie au niveau international, faut se la péter.

Alors je ne vais pas non plus me mettre du côté des critiques (jaloux) qui pissent sur les auteurs de romans de gare et de SF, crachent sur Stephen King, snobent Robert Ludlum et méprisent en général tous ceux qui font plus d'argent qu'eux parce qu'il se trouve qu'ils donnent au public ce qu'il aime... Je ne vais pas, comme eux, me cacher derrière le prétexte de ce "happy few" incompréhensible qui se dit littérairement supérieur.

Surtout que je n'ai lu ni Faulkner, ni Grishham, que je suis pour donner au public ce qu'il aime et lire des trucs sympas mais pas forcément d'une élévation philosophique démentielle, mais que je suis aussi pour les essais profonds sur des tas et des tas de sujets que le commun des mortels est incapable de comprendre, parce que j'en lis aussi... Et que je m'en fous un peu, mais ça m'agace :

Faulkner a reçu le Nobel. Grishham, lui, il a reçu Tom Cruise. C'est pas pareil.

29/05/2006

Quand ça emballe sec

J'ai séjourné dans un hôtel étrange, dernièrement. Pas spécialement cossu ni crasseux, tout à fait simple et fonctionnel, mais tout en contrastes. Par exemple, il a fallu que je demande des serviettes pour ma chambre, mais, inexplicablement, l'hôtel bénéficie d'un réseau wi-fi avec Internet haut débit offert gratuitement à tous les clients. Il y a même un écran plat dans le hall et, dans les chambres, la télé avec quinze chaînes.

Malgré ce surcroît de modernité, cet hôtel n'a pas rompu avec la tradition des tableaux hideux mais qui donnent l'impression de ne rien regarder... Le personnel était aimable et prévenant, mais à la moindre question, la réponse était presque invariablement "Oh je sais pas", "Je peux pas vous dire", ou "Bah, ça dépend...", ou quelque chose dans ce goût là. Comme c'était dans le sud, avec l'accent, ça fait encore plus traînant.

Je crois que ce qui m'a le plus étonné, c'était quand même les décorations dans le lobby. Il y avait des petits objets de chez Ikea ou autres, des bougies parfumées, des cadres muraux avec de la cannelle dedans, des bougies décoratives dans de petits verres à alcool, des vases... Assez kitsch et pathétique sur le fond. Mais ce qui est pire c'est que tout était encore dans l'emballage. Avec des traces d'étiquettes arrachées.

Et visiblement c'était un effet voulu, puisque la poussière commençait à s'accumuler et l'âge à ternir le plastique. Etrange non ? Les bougies, au lieu d'être posées là ou allumées, étaient encore empaquetées par huit et enrubannées. Peut-être que les propriétaires trouvent que c'est plus joli comme ça, ou bien est-ce par souci d'hygiène : l'emballage se salit mais l'objet reste soi-disant propre.

Pourtant, ça n'était pas la richesse et l'opulence qui étouffait la décoration. Si c'est pour préserver trois petits bidules odorants ou anti-tabac qu'on trouve dans les bazars "tout à un euro", c'était vraiment pas la peine. Pour vous dire, cela donnait l'impression d'être chez une vieille dame sénile qui plastifie tous ses meubles "pour faciliter le ménage". Surréaliste ! Je ne suis resté qu'une nuit, heureusement pour ma santé mentale.

28/05/2006

Bande d'illuminés

Méprise stupide : en voyant l'illustration que j'ai utilisé pour mon propos sur les superpouvoirs, quelques personnes ont cru que j'étais franc-maçon. Premièrement, je ne le suis pas. Je ne le serai jamais à moins de perdre l'once de raison qu'il me reste. Devenir l'adepte d'un symbolisme archaïque et d'une vision du monde désuète et faible, ce qui est la façon "sérieuse" et non affairiste d'être franc-maçon, ça ne me tente pas.

Entre les mythomanes ésotériques (les apprentis magiciens qui s'excitent dans les rituels à sauter à cloche pieds une épée dans les mains ou je ne sais quoi) et les mafieux plus ou moins officiels qui tentent de se constituer un réseau, j'appartiendrais à la seconde catégorie... Si du moins j'acceptais de dépenser des mille et des cents à acheter les accessoires et pratiquer la pantomime grotesque de ce en quoi je ne crois pas.

Comprenez que je ne récuse pas la franc-maçonnerie et que je ne dis pas que c'est mal (à plus forte raison "LE Mal", quelle drôle d'idée), je trouve juste que lorsqu'on a un minimum de culture on a dépassé ce stade où l'on se représente le monde avec ces histoires de quatre éléments, d'architecte et de nombre d'or. Quant au reste, l'entraide, le côté social, le côté "club select ou madame n'est pas admise" soi-disant pour le bien de tous...

Disons que je suis trop cynique pour y adhérer encore, et que je connais trop bien l'histoire de cette société pour y voir l'incarnation de ce qu'elle représentait d'espoir et de progrès au XVIIIe siècle. Et quoi que les frères en disent eux-mêmes, cette société se réclamant de la plus haute tradition antique et de celle des compagnons, pour faire genre, ne date pas d'avant le XVIIe siècle... Eh oui, je sens qu'il y en a qui sont déçus !

Comme toutes les sociétés secrètes traditionalistes, surtout les plus jeunes, la Franc-maçonnerie s'est, dés el début, fabriqué et constitué de toutes pièces des racines. L'oeil dans la pyramide, le compas et l'équerre, les figures géométriques diverses, tous ces symboles n'ont pas été inventés par les francs-maçons. Ils datent de bien plus longtemps et ont été repris par les maçons (et d'autres), pas toujours de façon très heureuse.

Evidemment, cette société, sous ses diverses formes, non seulement participe de la grande mode de l'occulte d'une certaine époque, mais il n'est pas exclu que la plupart des fondateurs aient connu ces symboles et leur sens, et fondé leur société sur ces bases... Ne soyons pas cyniques outre mesure. Par contre il n'y a aucune relation directe solide entre des sociétés plus anciennes et les francs-maçons, même opératifs.

Je ne parlerai pas des tristes histoires de nombre de branches plus ou moins maçonniques, des rose-croix, de l'Aube Dorée, ni d'un certain nombre de cultes similaires du XIXe siècle pleins de symbolisme et de pseudo magie trop souvent destinée à soutirer leur argent aux gogos ou à fournir quelque fausse profondeur et un réseau encore plus stable aux notables anglais et aux jeunes en quête de spiritualité.

Je n'aborderai pas non plus les mafias maçonniques qui fascinent le peuple et ont fait l'objet de nombreux articles dans la presse, ni des divisions d'obédiences, ni du côté politique, ni du fait que presque tous les présidents américains et énormément de présidents français "en étaient" (sauf Valéry Giscard D'Estaing qui, lui, était à l'Ordre de Malte, mais bon)... Mais les symboles, quoi qu'il en soit, ils n'en ont pas l'exclusivité.

Vous n'allez pas me dire que les francs-maçons ont inventé l'échiquier, la colonne, le noeud, l'angle droit... Pourquoi pas l'eau chaude tant qu'on y est ? Je n'ai rien contre le fait qu'ils utilisent ces symboles pour représenter ce en quoi ils croient et des tas de mystères façon kinder surprise, mais, en dépit du prestige de certains de leurs membres, qu'on ne m'assimile pas à eux dés que je sors un triangle !

Oui, c'est une société discrète (pas vraiment secrète, quand même) qui a fait de grandes choses, à commencer par les Etats-Unis, mais c'est tout de même agaçant de voir qu'à chaque fois que vous ressortez le compas, la pyramide, ou un principe un peu droit même histoire de rigoler, un tas d'inconnus un peu bêtes vous disent "ah, salut frangin !". La pyramide, elle est du domaine public. Ya qu'à regarder Tomb Raider, merde...

Ah, si j'étais quiche...

Un magazine récent (le numéro 1 est sorti le bimestre dernier, vous reconnaîtrez aisément le titre si vous êtes du milieu gay) publie deux interviews presque en forme de portraits chinois, chacune d'une personnalité hétérosexuelle ou homosexuelle, sur le thème "Si j'étais gay", et "Si j'étais hétéro". Ils comptent d'ailleurs en faire une rubrique récurrente, voire régulière, voire présente à chaque numéro.

Moi je trouve ça amusant. Complètement superficiel, débile à souhait, mais bon, marrant. On conçoit que le comportement d'une personne puisse être changé par son orientation sexuelle, mais au fond, comment savoir de quelle manière ? A la limite, si on va vraiment au delà des stéréotypes, pourquoi la moindre once de personnalité changerait-elle ? Puisque l'homosexualité n'est pas un choix, c'est de toutes façons un faux problème.

C'est à ranger dans la catégorie "articles légers car superficiels, mais lourds pour la même raison". Cela permet de voir combien les gays comme les hétéros sont influencés par les stéréotypes, à commencer par les journalistes (qui, même s'ils font ça pour se moquer, posent quand même la question "Si tu étais hétéro, devant quel sport choisirais-tu de roter en buvant de la bière ?", et oublient d'avoir le même mordant pour les "si tu étais gay"...).

Et puis tant qu'à faire, si on commence avec "si vous étiez un homme", ou "une femme", ou "gay", on peut continuer longtemps dans la série du portrait chinois tendance. Si vous étiez bobo, si vous étiez juif, si vous étiez journaliste à Chronicart ou Nova magazine... Pourquoi juste les gays ? A la limite, bientôt, les magazines les plus sexe feront dans le "Etes-vous fist ou fessée ?" ou "Si vous étiez zoophile ?"... Charmant.

Bon, moi, si j'étais gay, je pense que je serais mince (parce que j'aurais le courage de suivre un régime), que je m'habillerais en rose, que je ferais la gay-pride, que je me raserai les jambes (ya du boulot...) pour me travestir histoire de rigoler, que je mangerais bio, que j'écouterais de la techno et... Ha, merde, c'est vrai, je suis gay et je suis petit, enveloppé, poilu, j’écoute de rock indépendant et j'ai jamais fait la gay-pride... Tant pis.

Enfin, si vous voulez vous marrer un peu, écoutez plutôt la chanson "If I were gay", de Steven Lynch.

25/05/2006

Démiurge et pine de cheval

Sur le Blog du Loupil (c'est pas loin et c'est sympa, n'hésitez pas à y aller), ce dernier vient de poser la question qui tue, celle qui engendre la rêverie pratiquement à coup sûr (du moins chez la jeune génération) : Qu'est-ce que vous aimeriez avoir comme superpouvoir ? Nous parlons ici de n'importe quel pouvoir, quelle que soit la justification que vous pourriez (ou non) lui trouver. Autant dire, le coup du génie avec un souhait.

Prêtons nous au jeu. D'aucuns pourraient demander d'avoir tous les pouvoirs, mais c'est un peu facile. Les grands classiques, comme le dit notre hybride ami le Loupil, restent l'invisibilité et la furtivité : qui n'a pas rêvé de surprendre les petits secrets de tout un chacun, depuis les conversations indiscrètes du Pape ou de votre secrétaire, jusqu'à la taille de la bite du grand black à l'autre bout des urinoirs dans les toilettes publiques ?

Bon, en général, ni l'un ni l'autre ne me tentent quand je suis aux toilettes. Ailleurs, je ne dis pas... Mais passons. Puisqu'on est dans la furtivité et les messes basses, lire dans les pensées est aussi un grand classique. Le problème c'est que ce qu'on risque de lire pourrait décevoir, ou ne pas être joli-joli. En règle générale, tous les pouvoirs liés au savoir et à la perception "absolue" sont dans le même cas.

C'est comme la divination : à tout prévoir, on n'a plus aucune surprise, et la vie devient ennuyeuse. Et puis c'est terrible d'être toujours celui qui annonce les mauvaises nouvelles sans pouvoir les éviter. De même, il y a de fortes chances pour qu'un type comme Flash, hyper-rapide, soit aussi éjaculateur précoce. Comme disait Jean Cocteau, les pouvoirs "ont les qualités de leurs défauts et les défauts de leurs qualités".

Tout comme pour les lasers qui sortent des yeux, les boules de feu et toutes ces conneries (je dis conneries parce que je n'ai pas de velléités offensives, moi, mais d'autres pourquoi pas). Si vous n'êtes pas immunisé vous-même ou que vous ne pouvez rien contrôler, vous êtes un petit peu emmerdé. Et puis ça ne va pas beaucoup vous servir dans la vie : Arme vivante, c'est nul comme vie, demandez aux ex-djihadistes.

En vrac, on a la téléportation (fini les voyages chiants et les retards), la résistance à des tas de trucs (maladies, poisons, radiations, moules pourries, art contemporain...) ou carrément l'invulnérabilité, bien pratique si vous pensez être en danger de mort. On a l'immortalité et/ou l'éternelle jeunesse, toujours très populaires, mais êtes-vous sûr de vouloir tout voir s'étioler autour de vous sans pouvoir rien faire ?

Un autre truc très courant c'est de vouloir voler. Mais tout dépend comment : avec de grandes ailes pas pratiques ? Oui, ça a l'air cool, mais si on est réaliste deux secondes, ça marche pas à moins d'avoir des os creux et une envergure d'une dizaine de mètres... Et il y a toutes ces histoires de température et de pression. Mais admettons, c'est magique. Ou alors ça peut marcher comme pour Superman ou Peter Pan.

Un bon moyen de voler c'est de savoir léviter, et par extension de pouvoir faire voler des trucs, donc de pouvoir les faire bouger à distance... Autrement dit, la télékinésie, à réserver à ceux qui veulent faire carrière comme fakir de music hall. On tombe facilement dans l'excès du lot télékinésie, perception extrasensorielle et contrôle mental, aussi appelé "kit du Jedi". Je trouve ça parfaitement immoral, même si c'est un pouvoir cool.

Entre parenthèses, juste comme ça, vous avez dans un coin les Siths, des gens qui font confiance au système, qui sont en phase avec leurs émotions négatives (ce qui est psychologiquement plus sain que de les refouler comme ces culs-serrés de Maîtres Jedis). Ils sont peu nombreux, et n'utilisent jamais le contrôle mental, même pour leurs intrigues politiques : Non, ils font des éclairs, ça se voit, donc on les persécute, forcément.

Dans l'autre camp, vous avez la police des Jedis. Ils sont les seuls à avoir le droit officiel de porter les sabres lasers, ils peuvent faire ce qu'ils veulent et on les craint, ils ont visiblement une organisation quasi-militaire parallèle au gouvernement, ils embrigadent les jeunes dans une espèce de religion fanatique de la Force, et ce sont les seuls qui se servent de leur pouvoir de contrôle mental... Des diplomates musclés. Qui sont les gentils, déjà ?

Les Siths persécutés qui veulent avoir le droit de faire leurs petites affaires sont dangereux, car expéditifs et excessifs. Soit. Mais qu'est-ce qui donne plus qu'à eux le droit aux Jedis de se proclamer autorité fachoïde suprême ? le fait qu'ils suivent leur super-gourou verdâtre et parlent d'amour ? Qu'ils se frustrent sexuellement ? Qu'ils se considèrent comme "plus pur et plus saint que toi, pétasse" ? On s'est compris, fin de parenthèse.

Pour beaucoup de gens, avoir un pouvoir n'a pas besoin d'être spectaculaire ou si surnaturel que ça. Ils se contentent d'une augmentation d'une capacité ou d'un talent. Oh, ça peut être génial, ça leur permettrait d'être le meilleur quelque part... Pas juste excellent, mais le meilleur. En général, comme chez le Loupil, c'est général, justement : super cervelle. Ou force. Ou agilité, souplesse, mémoire, dextérité, cuisine, chant...

C'est sûr que ça résout le problème du spectaculaire, surtout si le pouvoir que vous voulez c'est "toujours réussir les arrangements floraux" ou "sens de la mode infaillible", ou "savoir super bien écrire de poèmes". Encore que, si c'est vraiment bon, ça se monnaie, et vous devenez vite célèbre. Mais honnêtement, ce serait juste histoire de ne pas avoir à vous crever le cul pour grimper au sommet vous-même, non ?

Après vous avez une série de pouvoirs très divers, mais qui, comme qui dirait, foutent la merde. Mais vraiment la merde. Je m'explique. Un petit con qui, de temps en temps, dézingue une voiture avec ses yeux lasers, il est facile de s'en occuper. Un type qui peut se rendre invisible, c'est agaçant, mais ça ne mange pas de pain et c'est discret. Mais un type qui guérit par imposition des mains, ça, ça fout la méga-merde.

Ne faites pas l'innocent, vous y avez pensé. Je parie que vous aviez même imaginé que ce serait altruiste et que vous ne feriez pas payer les guérisons miraculeuses. Imaginez, un peu de pub et vous vous retrouvez avec un nouveau messie sur les bras, les religions du monde sur les dents ou se le disputant, plein de jaloux qui cherchent à le tuer (pour le coup, vous auriez aimé pouvoir prendre l'invulnérabilité avec, hein ?).

Même en admettant que vous ne soyez pas le seul dans ce cas, ça déstabilise. A moins que, soudain, tout le monde se mette à pouvoir faire ça comme rien, mais alors ce n'est plus un superpouvoir. L'intérêt, le sens même d'un tel pouvoir, c'est que personne d'autre ne peut faire ce que vous faites, ou au moins pas le commun des mortels. A ce compte là, tout pouvoir un peu utile est monnayable, d'ailleurs.

Même si vous n'avez pas un pouvoir a priori utile, comme "faire apparaître un cube de trois mètres de côté de rillettes du Mans avariées", eh bien ça l'est quand même. Par exemple, vous pouvez prendre le monde ne otage et le remplir de rillettes avariées. Les faire sécher et vous ne servir comme combustible, car c'est une énergie renouvelable (vous en créez à volonté)... Tout peut être utile, en forçant un peu.

Il y a toujours un moyen d'utiliser une capacité extraordinaire, même a priori minable, à bon escient. Même si nous vivons dans un monde ou c'est la taille qui compte (eh oui, ne le nions pas, même si ça ne compte que dans l'esprit des gens, ça compte vraiment), la façon de s'en servir fait pas mal de choses. A partir du moment où vous faites quelque chose de plus que les autres, c'est gagné. Quand on a un pouvoir, on a LE pouvoir.

Philosophiquement parlant, à partir du moment où l'on fait quelque chose de plus, où l'on a quelque chose de mieux à proposer que le commun des mortels, on a un ascendant dessus. Qu'on l'utilise pour le bien ou le mal n'a aucun rapport, c'est une question de "je peux le faire et pas toi". Qu'on monnaye une capacité, qu'on en fasse cadeau gentiment en échange de reconnaissance, ou qu'on ait le pouvoir de contraindre, c'est pareil.

Mais je digresse... Pas tant que ça en fait, puisqu'un autre pouvoir fouteur de merde c'est celui de faire apparaître des trucs. Peu importe quoi, surtout si vous pouvez faire apparaître ce que vous voulez, alors là rien ne va plus... Que ce soit une création permanente ou temporaire, une transformation de quelque chose d'existant, même si ce n'est pas complexe, on touche carrément au divin, au démiurge.

Pareil avec la désintégration. Vous imaginez l'impact sur l'économie si ne serait-ce qu'une seule personne (que tous les pays vont s'arracher, au passage...) pouvait produire du pétrole à volonté ? Ou de l'uranium ? Ou éliminer non seulement les déchets nucléaires en les transformant en glace à la fraise, mais aussi les gaz à effets de serre ? Changer le plomb en or et les caramels mous en diamants ? Désintégrer les missiles ?

Et une fois maître de la matière, l'énergie, le temps et l'espace ne sont pas loin. Vous avez un bel exemple de ce qu'un tel personnage peut donner dans l'excellente BD Watchmen, recommandée dans ma liste sur les obligatoires de la SF (ci-dessous, allez, un effort !). Sa simple présence, qui éclipse les autres héros, change l'histoire du monde. Il s'agit de l'ineptement nommé (selon ses propres dires) Docteur Manhattan.

Un tel être est encore plus obscènement puissant que Superman. Mais le plus drôle c'est qu'un être tel que le Docteur Manhattan devrait être extrêmement courant chez les super-héros, lorsqu'on réfléchit aux principes physiques impossibles des pouvoirs des uns et des autres. Qu'est-ce qu'il faut pour désintégrer ? Soit augmenter d'un coup la température, soit annuler les forces faibles entre atomes, soit écartes les molécules.

Trois choses que savent faire, en théorie du moins et si leurs pouvoirs n'étaient pas stupidement limités, la plupart des héros qui contrôlent le feu (Pyro, Carrie...), le froid (donc l'augmentation et la diminution de température, voir Iceman), les champs de force (Madame Fantastique), les champs magnétiques (Magnéto), la télékinésie (Jean Grey et compagnie), et j'en passe... Il doit y avoir d'autres moyens.

Qu'est-ce qui empêche quelqu'un capable de transformer la matière à volonté, faisant foin des limitations arbitraires et artificielles du style "ne marche que sur (...)", d'apprendre à le faire de mieux en mieux et à distance, puis de se recréer parfaitement avec tous ses souvenirs à un autre endroit du monde et de transformer le premier corps en air, se téléportant ou créant des clones à volonté ? Et pas que lui-même.

De même, le type qui peut se téléporter, en examinant le comment de son pouvoir, peut éventuellement el contrôler pour téléporter els autres, ou les désintégrer (il suffit de ne pas les faire réapparaître, par exemple), ou créer de nouvelles choses, et de là avoir tous les autres pouvoirs qu'il veut (créer des boules de feu, transformer les gens, cesser de vieillir...). Si on pousse assez loin, tout pouvoir un peu basique permet... TOUT.

Autre pouvoir fouteur de merde, tout pouvoir un tant soit peu absolu. Prévoir l'avenir, on l'a déjà dit, c'est terrifiant. Lire dans les pensées c'est déjà horrible, mais savoir la Vérité, c'est pire que tout. En admettant que ce soit possible, la Vérité Absolue serait à la fois pratique et une tricherie sans nom. Un tel être saurait tout, potentiellement : il suffit de poser la bonne question en la formulant de façon à ce qu'il puisse dire vrai ou faux !

Je ne sais pas si je suis clair, mais ma thèse est toute simple : Si vous voulez rester dans votre coin sans changer le monde, n'ayez pas de pouvoir. Si vous voulez changer les choses ou être reconnu (ou payé), vous n'avez pas nécessairement besoin d'un pouvoir spécial, il suffit d'être bon dans ce que vous faites, et votre souhait revient à un "Ah si j'avais du talent" ou "Ah si j'étais riche". Tout ça ne va pas loin.

Si vous voulez être le nouveau messie (quel orgueil, mais bon, admettons, c'est tentant), vous pouvez prendre n'importe quel pouvoir, même minable, ça n'a aucune importance : poussé au maximum, il fait son petit effet. Plus il est basique, et plus il équivaut à avoir, de fait, tous les pouvoir. Vous voyez, on y revient.

Donc à ce compte-là, prenez un truc qui permet de réaliser un fantasme personnel, tant qu'à faire.

Ce n'est pas réellement un pouvoir mais plutôt un moyen ou un état, mais lire tous les livres du monde, ou pouvoir tout manger sans s'empoisonner ou grossir, pouvoir s'adonner sans fin à l'excès de n'importe quel plaisir, voilà qui reste tentant et qui semble à première vue dépourvu de conséquences majeures. Sauf que non, ça revient à souhaiter l'invulnérabilité, l'immortalité ou un autre pouvoir "messianique".

Peu importe ce que vous choisissez, ce qu'il y a de drôle, ce n'est pas ce que vous ferez avec votre pouvoir : vous vous lasserez vite, ou vous habituerez à ce nouveau jouet. Non, ce sont les conséquences que ce pouvoir aura sur le monde qui permettent des spéculations sans fin ! S'il n'y a pas de conséquences, ou qu'on s'interdit d'y penser, ou qu'on n'est pas enclin à se les imaginer, c'est trop rapide, trop facile, pas amusant.

Personnellement, et pour répondre à la question, j'adoooore le pouvoir. Alors si je voulais un pouvoir sans trop de conséquences, j'aimerais avoir quelque chose de visible, comme un corps de rêve et une bite de cheval. Et si j'avais à choisir dans les GROS pouvoirs, alors pourquoi me faire chier ? Démiurge, ça me va bien. Modeler le monde, même juste les objets, même de façon limitée, si c'est à ma convenance, ça c'est intéressant.

Ya pas de raison. Et le premier qui sort que ça en dit long sur mes problèmes de contrôle, je le claque.

Un ange passe

Voilà. Voilà ce qui arrive quand on parle sans savoir. Je bats ma coulpe, mea culpa, mea maxima culpa, mea coule plus. J'avais dit avant de l'avoir vu que le film X-Men III non seulement sortait le 17, mais en plus était réalisé par le relativement gay Brian Singer et restait une leçon de tolérance en ce jour de lutte, et blablabla... Un propos décidément beaucoup trop engagé et militant pour les habitudes critiques de ma petite personne.

C'était sans doute à mettre sur le compte du manque d'inspiration et du stress dû à un examen imminent. Oui, pas exactement un examen médical ni un examen diplômant, mais un simple certificat, le TOEFL si vous voulez tout savoir. Et ça s'est bien passé, merci. Mais qu'importe, le mal est fait : pour une fois que je dis du bien de quelque chose, cette chose s'arrange pour contrarier mes rares velléités au dithyrambisme éhonté !

Non seulement il est sorti une semaine plus tard (comme me l'a gentiment fait remarquer le Loupil, aimable hybride) mais en plus il n'a pas le même réalisateur. Ce dernier, le relativement juif Brett Ratner, devrait s'y connaître en minorités et en films d'action... Mais c'est quand même le réalisateur de l'immonde série des "Rush Hour" et ça se voit. Le film flirte donc avec le caca, et ce n'est qu'une leçon de jeu d'acteur alimentaire.

Les effets spéciaux sont ratés par rapport aux autres films (flammes bâclées, rajeunissement raté de P. Stewart et I. McKellen, pouvoirs à la va-vite, ailes moches, etc.), et tous les acteurs semblent avoir pris de nombreuses rides, fort malséantes pour des super héros et des lycéens de surcroît. Le scénario est encore plus minimaliste que dans les autres films et tellement peu développé que c'en est absurde invraisemblable.

Bon, nous parlons quand même de mutants, un postulat invraisemblable en soi je vous l'accorde. Mais les réactions des personnages sont pathétiques. Du reste, ils n'ont aucune profondeur, et le film est morcelé d'apparitions de centaines de mutants divers (et de Stan Lee) que seuls les grands fans reconnaîtront, qui font deux secondes à l'écran et ont leur effet spécial, mais qui ne font rien avancer dans l'histoire.

Ce qui est plus gênant, c'est que les personnages secondaires ne sont pas développés non plus et sont complètement parachutés. Hank le génie bleuâtre et ce pauvre Angel et son papa, le mutant Leech, le président et ses conseillers, Pyro qui n'est décidément pas un personnage fouillé depuis le II, tout comme Colossus le soi-disant russe... Ceux qui ne connaissaient pas avant seront complètement perdus.

Qui plus est, la plupart des personnages de la bande dessinée sont changés ou massacrés pour les besoins du film. Ce n'est pas la tentative de sous-intrigue pseudo-romantique en forme de triangle Bobby Drake/Kitty/Marie qui rattrape le coup, ni les très nombreuses pistes destinées visiblement à engendrer de possibles "spinoffs", films ou certains personnages seront développés en solo, qui vont rattraper le coup.

Oh, malgré tout ça c'est distrayant, sympathique... Oui, ça bouge, il y a des effets spéciaux (ce n'est plus aussi cher qu'avant) et puis on peut être sensible aux scènes d'action crétines suivies de réactions artificielles de la part d'acteurs qui s'emmerdent mais qui ont quand même signé pour la suite, parce qu'il faut bien manger. Disons, pour faire Michelin, que ça vaut un petit détour, mais que ça ne vaut pas le voyage.

La seule chose qui rachète le film, c'est le très mignon petit Angel, Ben Foster, acteur habituellement télévisé et notamment dans Six Feet Under... Comment a-t-il réussi à paraître moins musculeux, trapu et ridé que dans Alpha Dog, son dernier film, en plus d'avoir l'air angélique d'un imberbe blondinet ? Mystère et boule de gomme-les-rides-sous-photoshop. Peu importe. Rien que de le voir, ça me fait ma journée.

D'accord, il a moins de quatre lignes de dialogue, presque pas de temps à l'écran (sauf si on compte les moments ou on le voit voltiger, mais là il est entièrement ou presque en image de synthèses), une seule vraie scène ou on le voit bien, son personnage est réduit à un symbole minable uniquement là pour sauver son pôpa à la fin... Mais putain de merde, quand il déploie ses ailes pour la première fois, quelle bombe sexuelle !

Moi qui pensait que les anges n'avaient pas de sexe et que les blonds imberbes étaient moins virils...

24/05/2006

Pied-Main-Bouche

C'est tout de même étrange les différences entre les notions d'hygiène. Moi qui vous parle, je suis tout content d'avoir un nouveau ciseau à ongles, comme ça je n'aurai plus à utiliser celui qui est dans mon couteau suisse, ou pire, la vieille paire rouillée tellement émoussée que quand on essaie de couper un ongle avec, elle l'aplatit, le ramollit, le tord, l'arrache, l'écrase, bref, le coupe autant qu'un rouleau à pâtisserie.

Oh, j'ai un coupe-ongle parfaitement valable, mais je ne supporte pas ces espèces de fausses pinces à épiler, ces engins de torture à levier de barbares qui ne s'adaptent jamais à al forme de votre ongle. En dépit de la courbure, ou plutôt à cause d'elle, ça vous fait des aspérités partout, sauf à repasser plusieurs fois... Déjà que ce n'est pas spécialement agréable de se couper les ongles, si ça doit prendre trois heures pour que ce soit net !

Et puis ça claque et ça projette des morceaux partout, ou alors ça les garde dans la réserve qu'il faut vider toutes les cinq secondes, comme avec les taille-crayons (une analogie dont je me passerais bien, personnellement, mon orteil ou mon index n'ont rien de commun avec un 2B...). La seule alternative, c'est la lime à ongles. Et ça, je ne supporte pas. Ce truc me fait grincer des dents, je n'y peux rien !

J'ai toujours peur que ça ripe de partout, le simple contact de cette surface honnie suffit à me donner des frissons, comme el coton ou la craie crissant sur un tableau noir. Et la détestable sensation d'avoir les ongles et le bout des doigts sensibles et légèrement poudreux, qui d'ordinaire suit un élagage en règle de nos excroissances kératiniennes digitales (les ongles, patate), est alors décuplée !

Vous allez me dire que je suis une chochotte. Bon, déjà, vous avez raison. Techniquement je suis pédé comme un phoque, et assez douillet. Ce qui n'a rien à voir avec le judoka aux pièces jaunes, là, que je trouve assez moche. Mais d'ordinaire, les homosexuels bien stéréotypés ne reculent pas devant une manucure, saisis d'horreur à la vue d'un repousse-cuticule ! Moi, la première qui m'approche avec ça, je l'assassine avec.

Mais je connais certaines personnes qui seraient très contentes de se couper les ongles des pieds avec l'instrument qui leur sert aux ongles des mains, si rouillé et si grossier soit-il, et tant pis pour les bactéries et les champignons. J'ai entendu parler de gens qui se rongeaient les ongles des pieds (beurk), alors je suppose que je dois être dans le juste milieu, avec pas mal d'hétérosexuels... C'est rassurant, quelque part.

Acte V, scène première : Un cimetière

(...)

HAMLET :

Donne. (Il prend le crâne.) Hélas ! Pauvre Yorick ! Je l'ai connu, Horatio, c'était un garçon d'une verve prodigieuse, d'une fantaisie infinie. Mille fois il m'a porté sur son dos; et maintenant, quelle horrible chose que d'y songer ! J'en ai la nausée. Voici la place des lèvres que j'ai baisées tant de fois. Où sont tes railleries, maintenant ? Tes gambades, tes chansons, tes explosions de drôleries dont s'esclaffait toute la table ? Plus un sarcasme aujourd'hui pour te moquer de cette grimace ? Rien que ce lugubre bâillement ?

(...)

William Shakespeare

23/05/2006

Everything's green

Cela fait bien longtemps que je n'ai pas proposé de petit exposé didactique dans ce Blog. Je suis certain que mes lecteurs (du moins ceux que j'aime bien) ne sont pas hommes (ou femmes) à refuser d'apprendre quelque chose, et ils me pardonneront si le sujet ne les passionne pas ou s'ils en savent déjà plus que moi. Et puis j'aime bien faire mon intéressant, et il est bon de faire de temps à autre une petite leçon de choses.

Aujourd'hui, dans la série "Le professeur Elromanozo a toujours quelque chose à dire", notre causerie traitera de la couleur des icebergs. Les icebergs (littéralement "montagnes de glace") se détachent des calottes glacières lorsque l'érosion des vagues et des vents les arrache, les calottes glacières regelant progressivement de façon (ordinairement) constante. Leur taille est colossale, mais seul 12% de leur volume environ dépasse de l'eau.

La plupart des icebergs reflètent la couleur de l'eau, du ciel et de la lumière alentours en des nuances de bleu, de blanc, et parfois même de rose ou de jaune. La plupart des scientifiques pensent depuis longtemps que certaines couleurs, notamment les couleurs chaudes, sont dues à la présence de traces d'éléments chimiques dans la glace (cuivre, zinc, fer...). On sait aussi qu'une glace très bleue est en fait très dense, et renvoie simplement la lumière.

On a vu des icebergs gris très sombres, parfois bruns ou presque noirs, contenant des graviers entiers et des morceaux de terre ou de roche. En toute logique, il devrait y avoir peu de glace verte, et cette glace devrait être assez claire, si l'on se fie à ces théories. Toutefois, nombre de marins et de scientifiques rapportent avoir vu des icebergs allant jusqu'à un joli vert bouteille translucide, surtout issus du glacier Amery en antarctique.

Il semble que ce soit là leur couleur propre, puisqu'ils restent verts alors que les conditions de lumière et de climat changent et que les autres icebergs alentours reflètent ces changements. Pour découvrir pourquoi ces blocs de glace gardaient une telle couleur, il a fallu faire des carottages dans ces icebergs ainsi que dans plusieurs endroits de la calotte glaciaire antarctique, et dans la banquise (glace sans terre en dessous).

La banquise est constituée de plusieurs couches : la plus basse est constituée de glace compacte et sans bulles d'air (donc très translucide). Il s'agit de glace formée à partir d'eau de mer, désalinisée par le processus de glaciation. La couche supérieure de la banquise est constituée de glace faite de neige compactée, emprisonnant des bulles d'air et parfois des sédiments, plus épaisse et plus lourde.

En forant les icebergs verts, on a découvert que leur partie émergée (au dessus) était de la même composition que la partie inférieure de la banquise, et présentait en outre des traces d'érosion par la mer, alors qu'il s'agit de la partie émergée de l'iceberg. L'explication est simple : lorsque l'iceberg est arraché à la banquise, il n'est pas rare qu'il se retourne sur lui même, du fait des densités différentes des couches de glace.

Mais pourquoi sont-ils verts ? C'est bien simple. La glace sous la banquise, celle qui apparaît au dessus chez ces icebergs, est formée en couches successives d'eau de mer qui gèle au contact de la glace. Ces plaquettes s'agglomèrent et emprisonnent entre elles des couches de microorganismes, de phytoplancton (plancton végétal) plus ou moins en décomposition, ou qui meurent en se faisant congeler.

Ces créatures microscopiques sont, dans cette région, chlorophylliennes, et contiennent donc des pigments verts. Ce sont ces sédiments, et non pas du phytoplancton vivant ou de grandes concentrations de minéraux ni un jeu de lumière, qui donnent leur jolie couleur à ces icebergs... Du moins c'est ce que suggèrent les observations, mais tout ceci est encore sujet à controverse. Si ça se trouve on découvrira autre chose bientôt.

A ceux que cela intéresserait, renseignez-vous en lisant les travaux de J. Kipfstuhl, notamment, effectués dans les années 90, mais aussi ceux de G. Dieckmann. Vous n'aurez aucun mal à trouver des informations sur Internet en ce qui concerne la glaciologie, la biologie polaire et les calottes glaciaires, c'est un sujet très à la mode depuis qu'on a réalisé qu'elles étaient en train de fondre et que c'était mal.

22/05/2006

Cas Saoulé

J'étais il y a peu dans la ville de Toulouse pour affaires. C'est une agglomération très particulière. Vue de haut, la ville rose est effectivement... Rose. C'est à dire couleur de tuiles. Vue de dedans, c'est juste rouge sale. Mais je suppose que la "ville rouge sale" ça sonnait moins bien. Parlons du centre-ville, puisqu'il s'agit à peu près de la seule chose visuellement potable dans toute cette zone.

La "vieille ville" de Toulouse n'a que peu d'immeubles vraiment charmants ou anciens. La plupart ne datent que du XIXe siècle, ce qui, je suppose les qualifierait de vieux pour les touristes américains. Les plus notables sont évidemment en briques rouges, comme pratiquement toute la ville, et sont inexplicablement crasseux. C'est paraît-il un trait commun à de nombreuses villes du Sud, mais j'ai constaté que ce n'était pas vrai partout. Ici oui.

Cette vieille ville, ce centre culturel autour du capitole, fait environ cinq ou six de pâtés de maison de diamètre, à la louche et en étant gentil. Parmi les nombreuses boutiques touristiques et des arcades en brique rouge (on a parfois l'impression de se trouver dans une usine, à la longue...) trône la place du capitole. Elle sert à organiser des événements de renommée mondiale comme la fête du poulet, et s'orne d'une croix du Sud.

Pour une raison inexplicable, cette grande croix d'Occitanie en bronze s'orne des douze signes du zodiaque, stylisés et en bronze. Devant, il y a le Capitole, grand bâtiment (en briques rouges, oui...) qui se prend pour un palais néo-classique. Il possède en effet huit colonnes en marbre rose, qu'il arbore comme des flammes ringardes peintes à l'aérographe sur le capot d'une vieille Simca customisée...

La mention "Capitolium", souvenir des anciens dirigeants de la ville, les capitouls (ou plutôt, souvenir du XIXe siècle et d'un temps de fierté nationale où l'on se souvenait de travers d'un Moyen-Âge idéalisé pour essayer de se rendre fier de sa région) orne cette mairie glorifiée alors qu'elle n'a plus lieu d'être. Maison d'arrêt, églises toutes de briques et cathédrale rouge méritent à peine une mention similaire.

Autour de ce bastion de culture du pauvre se massent des rues de plus en plus modernes et sales au fur et à mesure qu'on s'éloigne du centre. Toujours avec le même thème "briques rouges" si cher au coeur des Toulousains, on accumule les immeubles peu gracieux des années cinquante, soixante, soixante-dix, tous plus hideux les uns que les autres, et toujours plus assombris par la saleté omniprésente.

Le boulevard Jean Jaurès (oui, il y en a toujours un) qui mène à la gare, par exemple, est un fleuron de l'architecture socialisante des pays de l'est, orné d'immondes Sofitels et Novotels pour le rendre un peu plus moderne, et de magasins pouilleux. Encore plus loin autour, les autoroutes et les HLM laissent place à des centres de recherches, zones industrielles, et d'immenses campus universitaires de béton sale.

L'aéroport, du doux nom de la ville dans laquelle il est sis, défigure encore plus le riant paysage de la région dans le but de contenir un misérable Colombus Café et un marchand de journaux, qui vend aussi des mauvais produits régionaux en boites. Quant aux toulousains, ce sont des gens du Sud (avé l'assent parfois incompréhensible) aimables mais pas gentils (syndrome du citadin) et surtout assez laids (moustache, calvitie et bourrelets).

Quant à la légendaire cuisine toulousaine, elle se perd, et les gargotes sont plus nombreuses que les restaurants familiaux... Les seules personnes relativement potables que j'ai rencontrées dans le peu de temps que j'ai passé dans cette ville étaient des touristes ou des visiteurs, comme moi. Je suppose que tout ceci peut paraître pittoresque et charmant, surtout si on aime la brique, mais je trouve cela quelconque au point de choquer.

En conclusion de ce descriptif catégorique, je ne dirais qu'une chose : Cette ville, qui a produit Claude Nougaro et élu François Bayrou, possède en matière de politique et de musique exactement la merde qu'elle mérite. Elle est l'équivalent urbain de ce personnage maupassantien du notable bedonnant qui pète plus haut que son cul, fait ajouter un pigeonnier à sa maison et, se croyant aussi important qu'intelligent, songe à la députation.

Oui, la spécialité toulousaine semble bien être la saucisse, voire même l'andouille... Quant au cassoulet, il est loin d'être une exclusivité de ce département. Par avance je m'excuse auprès des Toulousains qui ne seraient pas comme ceux que j'ai décrit ici (et il doit y en avoir, enfin, disons qu'après tout c'est possible...), ce n'est pas de leur faute s'ils sont nés dans cette moderne verrue rose rougie sur la fesse du Languedoc.

21/05/2006

Smoking = Drug, No smoking = Drag ?

Avez-vous remarqué combien la drogue a une place importante dans notre société ? Bien qu'illégales, les drogues dites "récréatives" (autrement dit, la fumette, les extas, et quelques rails de coke pour faire bonne mesure) apparaissent à qui mieux-mieux dans notre paysage médiatique et culturel. Le cannabis est d'ailleurs particulièrement présent, ayant effrontément très bonne presse auprès de presque tout le monde.

Il existe déjà quantité de livres, sites web, librairies spécialisées sur le sujet des drogues "douces" (en général surfant aussi sur la vague des alter-mondialistes, peut-être à cause du côté écolo-jardinage, alors que ça n'est pas forcément lié...), des tas de choses importées de Hollande et d'ailleurs... Un chef très "nouvelle cuisine" a même conçu une recette de tomates lyophilisées présentées comme des rails de coke !

J'ai dit effrontément, j'aurais pu dire scandaleusement et de façon imméritée. Est-ce parce que ça bouffe les neurones et que ça change l'expérience d'un ou plusieurs sens ? Allez savoir. Le glutamate monosodique aussi fait ce genre de chose, de façon légèrement différente et graduelle. Est-ce que la contre-culture chante ses louanges ? Bien sûr que non, et ça serait étonnant. Pourtant on en trouve plus facilement au chinois du coin.

Glissons. Le cannabis, disais-je, a bonne presse, à tel point qu'on le trouve dans la plupart des comédies, dans beaucoup d'autres films, et souvent dans des scènes totalement gratuites dans lesquelles il est présenté comme une pratique normale. Richard Bohringer, acteur dont le quotient intellectuel est l'équivalent de la qualité de son jeu (c'est à dire niveau température anale) a adopté les couleurs rasta pour son groupe musical.

Mais plus que toucher les groupes de rock, les bohèmes pas toujours bourgeois et les gens qui veulent faire jeune par les portraits de Bob Marley, les slogans libertaires et les couleurs du drapeau pseudo-éthiopien des rastafari, cette mode s'étend jusque dans ce bastion du politiquement correct et des convenances qu'est la publicité... C'est un cap important : la pub est le reflet d'une majorité silencieuse, non plus d'une minorité bruyante !

Exemple frappant, a priori, la publicité parfaitement innocente pour les M&M's (celle où un paquet circule dans une salle de cinéma, les détails sont peu importants) s'orne en toute fin de publicité du slogan "faites-les tourner". Le mot est évidemment choisi pour ses connotations vis-à-vis des fumeurs de cannabis, la pub visant une cible jeune (sinon ils auraient utilisé "circuler" ou "passer"). C'est une référence qui touche et interpelle.

Autre exemple de la présence de culture-cannabis dans la pub, celle, récente, pour Virgin Mobile. Un homme stressé car il est accroc aux SMS et n'arrive pas à s'arrêter va tenter de se faire, par maraboutage, "désintoxiquer". Arrive alors un autre black, clairement rasta et à la voix façon Doc Gynéco. Celui-ci lui propose d'envoyer autant de SMS qu'il veut, grâce au slogan "Soyez enfin détendu du mobile".

On le voit, le SMS est présenté comme une drogue qui détend, et le "gentil rasta" vient en dispenser pour un prix dérisoire au français moyen stressé sur le point de se faire arnaquer par un marabout. Cette drogue est non seulement présentée comme bénéfique, mais normale et accessible à tous (ce qui reflète d'ailleurs une certaine réalité, dans l'accessibilité, et si l'on a comme tout le monde une définition élastique de la norme).

Moins subtile est la publicité pour les nouveaux chewing-gums de chez Hollywood, les "sweet gums" aux parfums extravagants et au coeur liquide coloré. Grâce à des effets spéciaux (artistiquement très réussis, il faut le dire) la saveur et la fraîcheur de ces dragées sont présentées ouvertement comme psychédéliques, colorant de façon surréaliste un monde autrement vu en noir et blanc.

Les protagonistes de la pub sont tous jeunes et tendance (normal, c'est la cible), et se trouvent dans une gare. Quelqu'un, hors caméra (donc un inconnu, même s'il s'agit peut-être d'un des amis cela ne change rien), leur offre ces chewing-gums qui ont l'air de pilules. Ils les acceptent avec joie et les gobent goulûment, surpris de soudain voir la vie en rose... N'est-ce pas là LE scénario type contre lequel on met les enfants en garde ?

N'acceptez pas de "bonbons" d'un inconnu, surtout dans une gare ou un lieu public du même acabit... Cette publicité peut faire référence à toutes sortes de drogues, LSD, extasy, amphétamines, toute forme de drogue en pilule, ou, symboliquement, toute forme de drogue tout court... Ce qui me fait tiquer c'est que dans la publicité, le produit remplace la drogue en question et le tout est présenté comme bon, souhaitable.

Il est devenu tellement facile de présenter les drogues récréatives les plus courantes comme positives ! Parce que presque tout le monde le fait ou l'a fait au moins une fois, "ce n'est pas si grave"... et du "ce n'est pas si grave" au "c'est acceptable", puis au "c'est bien", il n'y a qu'un pas. Moi cela me choque de voir que certains considèrent la drogue comme simplement une autre marque de chewing-gum.

Surtout que pendant ce temps tout le monde crache en Tartuffe sur la cigarette.

18/05/2006

Plan à trois

Hier, c'était une journée importante. Un jour à marquer d'une pierre, blanche ou noire, peu importe. Pas parce que c'était une journée d'action, comme on dit (après tout, c'était la journée mondiale contre l'homophobie), mais parce que c'était le jour des sorties au cinéma. Plus spécialement celui de X-Men III, que j'irai voir un de ces quatre. Et c'est approprié, vu que les X-Men ont fait beaucoup pour l'intégration des gays.

Que ce soit ou non une volonté explicite de la part de leurs créateurs, les X-Men intègrent la notion de tolérance d'une minorité, d'acceptation de soi ou de l'autre, de coming-out aux parents qui peuvent plus où moins bien se passer... Et surtout d'une différence qui n'est pas choisie, différence qui donne accès à tout un univers pour peu qu'on s'accepte soi-même. C'est plus qu'une simple crise d'adolescence, même si c'est cela aussi.

Et cette bande dessinée accompagne d'innombrables jeunes, gays ou non, depuis des dizaines d'années, plus sûrement que n'importe quelle association éphémère lambda. En plus, pour un ado, c'est beaucoup plus marrant que des séances sur le divan d'un psy, et plus facile que d'aller vers un groupe de gens qu'on ne connaît pas. Qui plus est, ça montre des mecs et des filles jeunes et bien faits en tenues flashy moulantes.

D'ailleurs, le réalisateur des films est gay, tout comme Sir Ian McKellen, le méchant. Mais vous le saviez, bien sûr. Evidemment, ce n'est pas un film à morale, qui martèle ses messages, tout comme les bandes dessinées et les dessins animés (et encore plus de merchandising...), mais avant tout une histoire spectaculaire et grand public pleine d'effets spéciaux et d'action, avec à son service le réalisateur de Usual Suspects.

Et c'est bien comme ça : c'est la meilleure manière de lutter contre l'homophobie, non ?

16/05/2006

Château brillant

Chateaubriand a dit : "La vie me sied mal, la mort m'ira peut-être mieux." A première vue, il est difficile de croire que l'auteur de cette citation, des Mémoires d'Outre Tombe, traducteur de l'oeuvre de John Milton, obsédé par le sinistre, le macabre, l'austère et le religieux, hanté par ses névroses, ses parents, et autres spectres bretons, soit le  d'un courant littéraire qu'on appelle "romantisme".

C'est pourtant le cas, même s'il faut dire que le romantisme de Chateaubriand est remarquable par son absence totale de rose, de petits angelots et de coeurs pastels... Tout ça n'est tout simplement pas la même chose. On lui voue un certain culte en Bretagne, à Combourg (le château dans lequel il a passé sa jeunesse tourmentée au milieu des histoires de fantômes et des chats emmurés vivants (charmante tradition bretonne).

Des vieilles ménopausées jusqu'à l'os sont heureuses de vous faire visiter, montrant avec fierté la théière de l'auteur, l'armoire de l'auteur, voire même la comptabilité de l'auteur. C'est super important par rapport à son oeuvre. Il y a aussi, au fil de la visite, des tas d'objets ayant appartenu à ses descendants même pas directs, des objets qui "auraient pu" être comme ceux que l'auteur a eu, et des lieux qui étaient différents à l'époque.

Ce joli petit paquet d'irrationalités littéraires, agrémenté de quelques histoires et légendes n'ayant aucun rapport avec Chateaubriand ou le château, fait pourtant partie des lieux autant que les meubles ou le parc. Sans cela, ce ne serait jamais qu'un assemblage de cailloux réguliers. Un touriste bien beauf s'est d'ailleurs exclamé à l'attention de son immonde lardon puant : "Regarde, ça ressemble à ton château playmobil !"...

Je ne suis absolument pas sensible à ce charme littéraire, et pour moi les vieilles pierres ont bien plus d'attrait que les descendants cul-pincés d'une baderne bigote du XIXe qui ont refait le papier peint. Quant à Chateaubriand, son oeuvre post "retour à la foi" se résume au fruit d'une longue, d'une gigantesque envie de pisser. Ou autre chose.  Il s'est retenu toute sa vie, et on a envie de lui dire "Pète un coup, René !"

Oui, parce que François-René-De c'est carrément couillon comme prénom. Une circonstance atténuante de plus à son caractère déprimant. Mais avec des parents pareils (un père aussi strict et une grenouille de bénitier comme maman) dans ce château froid, pas étonnant qu'il ait trouvé le riant paysage calme et sympathique alentours un tant soit peu sinistre. Et effectivement, la mort lui va mieux, je trouve.

Par ailleurs, signalons que cet immense auteur (en qualité, certes, mais surtout en quantité) a par son oeuvre engendré un jeu de rôles parodique autant que romantique sobrement et symboliquement intitulé René... Et, il y a très très très longtemps, votre humble serviteur a produit quelques maigres textes participant à cette aventure. Honnêtement, je préfère le jeu aux bouquins... Mais vous l'aviez deviné, bien sûr.

15/05/2006

Tais-toi donc, Grand Jacques

Aujourd'hui, je ne vous parle pas de notre cher président, ce vépéciste maladroit qui a mis les vieux pantalons de De Gaulle pour faire croire qu'il a les mêmes couilles, ce représentant de commerce charlatanesque, grand truqueur qui n'aurait pas déparé les clichés du pire album de Lucky Luke... Je vais vous entretenir d'un autre Jacques de la politique de notre beau pays, anglicisé en Jack, toujours tendance et pétillant.

Jack Lang est un mythe, un monstre sacré, une légende de la politique française... Il a fait énormément pour la culture, et s'est avéré un très bon ministre à l'éducation comme ailleurs. Est-il présidentiable ? L'autre jour, je l'ai entendu dans le poste lors d'une interview. Les sujets abordés par le propos étaient les plus divers mais le but avoué était de tenter de répondre à cette question par l'affirmative.

Les journalistes, de moins en moins pertinents, s'escrimaient à vouloir lui faire dire du mal de son parti ou de la Ségolène (le candidat le plus fade depuis Bernard Menez, et pourtant c'est une femme... mais passons), mais Jack a tenu bon ! Toujours gentil et respectueux, il a éructé de gros et pieux mensonges, comme quoi la cohésion du PS est exemplaire et que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, malgré les divergences d'opinions.

Comme c'était un peu l'occasion, Jack Lang a rappelé tout ce qu'il voulait faire ou aurait voulu faire, bref, il a donné son programme : recherche et éducation (très joli mais comment financer ?) et refonte du modèle social français (le leitmotiv de TOUS les politiciens depuis des années, sans qu'un seul ne s'y soit attelé, malgré l'urgence de plus en plus évidente de la situation et les nombreuses manifestations et émeutes)...

Comme disait Francis Blanche, mieux vaut penser le changement que changer le pansement. Mais il a quand même sorti une phrase qui m'a fait hurler de rire et d'incrédulité... C'était à propos du respect entre politiques, et, s'il s'agissait d'un slogan de campagne, ce serait le plus kitsch que j'aie jamais entendu. Dans un sens, d'ailleurs, ça lui sied bien, lui qui a toujours été gauche-Auteuil-Neuilly-Passy... Il a donc dit :

"Vous savez, ma philosophie de la vie, ça a toujours été qu'il faut être clâââsse..."

Et il l'a répété, différemment mais avec le même mot "clâââsse".

Et encore, et encore. Comme pour bien marquer le coup.

Comment est-on passé de la lutte des classes à la lutte de la clâââsse ?

A la première question de ce billet, "Est-il présidentiable ?", il faut répondre non.

Non, bien sûr que non, évidemment non... Trop kitsch, trop insensé, trop culture-gauche-caviar, trop marais, trop formidâââble, trop Centre Pompidou, trop beaux-arts magazine ! Pas dans le monde réel, raisonnable...

Mais au point où nous en sommes, ce monde l'est-il encore ?

14/05/2006

Jovien de dire une connerie

Avec la sarabande des discours, interviews et soi-disant débats d'idées qui ne sont rien d'autre qu'une campagne inhabituellement en avance, on a droit sur toutes les chaînes à de belles énormités. J'ai été particulièrement choqué par l'inculture d'un analyste politique de I-télévision (qui m'avait pourtant habitué à plus de pertinence que d'autres chaînes) qui est passé pour un débile auprès de toute personne relativement cultivée.

Le voilà, l'inculte socialisant, qui lâche, très docte et sûr de lui entre les cris et les "moi je crois", en fin d'émission : "La droite est atteinte de Jupitérisme : vous savez, Jupiter était le Dieu qui mangeait ses propres enfants." Bravo. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre. C'est une jolie phrase, mais Jupiter n'a jamais mangé le moindre de ses gosses... Mis dans sa cuisse, sorti de son cerveau, conçus hors mariage, éventuellement, mais mangé, jamais.

Et pour cause : il ne voulait pas faire comme son père, Saturne, qui avait mangé les frères et soeurs de Jupiter (destin dont lui seul réchappa, grâce à sa mère) pour se prémunir d'une prophétie qui disait qu'un de ses enfants causerait sa perte. Jupiter a éventré Saturne, faisant sortir toute sa petite famille olympienne... Saturne est aussi connu, accessoirement, comme le puissant et ancien Dieu du temps.

Il aurait dit "Saturnisme" plutôt que le néologisme "Jupiterisme", ce pauvre journaleux, que ça serait passé : même si le saturnisme est une maladie née de l'empoisonnement au plomb, elle a des connotations liées à la décadence de l'Empire Romain, aux orgies de sénateurs corrompus tandis que la plèbe gronde, et même à un monarque intouchable, Néron, qui préfère brûler Rome en jouant du violon plutôt que rendre les rênes de l'état...

Autant de parallèles que l'on peut établir avec la droite française, pour peu que l'on soit un esprit contestataire. Et exagérateur. Mais si on devait compter toutes les exagérations malheureuses des médias, les mots malheureux comme "révolution" utilisés à tort et à travers, le "putsch" de Nicolas Sarkozy (comme s'il avait déjà pris le pouvoir façon Hitler, alors qu'il fait juste son intéressant), on s'endormirait plus sûrement qu'en comptant les moutons.

09/05/2006

La Juste Récompense d'un Père (Parabole)

Ce soir, je vais vous raconter une histoire. Certains diront que c'est une parabole destinée à vous éclairer, d'autres diront qu'il s'agit d'un fabliau sans autre but que l'amusement... Dans l'un et l'autre cas, écoutez, braves habitants, l'histoire de la récompense d'un homme de vertu qui la transmet à sa descendance. Il y avait une fois dans l'exotique et lointain royaume de Paris (75, France), un homme de bien. Il n'y a pas de mot plus juste.

Cultivé, bon, s'efforçant d'être à la fois juste, charitable, et d'entretenir sa merveilleuse famille, il avait épousé une femme à son image. Jamais ils ne furent séparés dans leur amour, même par la pire adversité. Ils eurent deux enfants. C'étaient des filles, et leurs parents les aimaient de tout leur coeur. Le père, moderne, voulut en faire des enfants cultivés et dignes de leurs ancêtres, leur inculquant les préceptes qu'il pensait les meilleurs.

Et il y réussit au delà de toute espérance. Ses deux filles devinrent aimantes, travailleuses, dégourdies, intelligentes, belles plus que de raison... Plus raisonnables que la plupart des hommes (ce qui est facile) et bien plus que la plupart des femmes (ce qui l'est moins). Pour des êtres humains faillibles, avec deux joyaux aussi parfaits issus de sa chair, il ne pouvait qu'être le plus fier et le plus heureux des hommes :

Lettrées, versées dans les arts les plus divers, les deux soeurs virent dés leur plus jeune âge leur bonté naturelle développée et encouragée, la flamme de leur altruisme attisée par le souffle doux et chaleureux de leurs parents... En même temps qu'ils aiguisaient leur esprit pour leur apprendre à éviter la naïveté qui accompagne trop souvent la gentillesse, que l'on nomme candeur et innocence, mais qui conduit trop de bonnes gens à leur perte.

Lorsqu'elle fut en âge, le père appela l'aînée de ses filles et lui demanda ce qu'elle comptait faire de sa vie. "Père, rien ne me plairait tant que d'étudier les lettres, pour plus tard les enseigner !", dit-elle, sans peur ni honte. Lorsque la seconde soeur fut en âge, elle aussi se rendit auprès de son père, et répondit ainsi de la même manière : "Père, rien ne me plairait tant que d'étudier les langues, pour plus tard les enseigner !"

A ces mots, toujours plus fier de ses filles aimantes, le père vit que c'était leurs coeurs qui parlaient. Il n'eut donc de cesse que d'encourager et de faciliter les études et les démarches nécessaires à la réalisation des voeux de ses enfantes chéries. Leurs études achevées, elles revinrent chacune voir leur père, un peu intimidées, comme pour lui annoncer une triste nouvelle.

La première parla ainsi : "Père, tu m'as bien élevée et je t'en serai éternellement reconnaissante, mais je dois à présent te quitter : je pars pour la dangereuse plaine des zones d'éducation sanguinaires, de mon plein gré, enseigner notre culture et notre langue à ceux qui en ont le plus besoin !". A ces mots, le père fut empli de souffrance. Quoi ? Qu'avait-il fait pour mériter cela ? Lui infliger la perte d'une enfant aussi parfaite ?

Avant qu'il n'eut pu répondre, la seconde s'était avancée et parlait : "Père, tu m'as bien élevé et je t'en serai éternellement reconnaissante, mais je dois à présent te quitter : je pars pour l'exotique Népal, dont j'ai appris le parlé, aider l'opprimé et le pauvre par les soins autant que l'enseignement !". Le père était presque dans les tourments les plus indicibles, ceux qui accompagnent la quasi certitude de la perte d'un enfant.

"Mes filles chéries !" dit-il. "Que m'as tu dit, toi, l'aînée ? Et toi, cadette, quel est ce langage ? Retirez ces paroles, je vous en prie, avant que le coeur de votre mère ne se brise en les entendant... Je vous ai élevées pour que vous n'ayez point à souffrir de ces maux, et que vous sachiez les combattre, pas pour aller au devant d'eux ! Pourquoi risquer vos vies en vous exposant à de tels périls ? Vous les gâcherez, vous les perdrez !"

Il acheva par : "C'est tout ce que vous obtiendrez !". Choquées mais résolues, de par la volonté et la force d'âme qu'elles avaient hérité de leurs parents et acquises par leur éducation, elles répondirent sereinement : "Cher et honoré père, ce n'est point perdre sa vie que de l'offrir par amour, et ce n'est point la gâcher que de la vivre au service de ceux qui sont dans le besoin. Nous vous en supplions à genoux, laissez-nous partir !"

Alors, le pauvre et honnête homme, ému par tant de bonté, donna son consentement à ses filles exemplaires. Il savait, comme il s'en était toujours douté, qu'il devrait un jour se séparer de ses filles, mais il avait espéré qu'elles ne mettent pas leur vie en danger. Mais pouvaient-elles choisir une cause et des moyens plus vertueux, non pas pour mourir, mais pour vivre ? C'étaient là les principes qui les avaient tous trois guidés.

Sa propre peur, les élans naturels de son coeur sont toujours là, présents plus que jamais. Comment ne pas se faire de souci pour ses propres enfants ? Mais ils sont tempérés par la vertu de ses filles, sa fierté, qui rejaillit sur son honneur. Tel est le véritable amour paternel : il sait qu'il va perdre, et pourtant, il aime et donne le meilleur de lui-même, tandis que l'amour filial réalise les espoirs avec dévotion à la vertu.

Ce sont là des principes immortels et que l'on pourrait discuter des heures durant (ce qui a déjà été fait par de nombreux sages, théologiens et philosophes). Tirez-en ce que vous voudrez : fatalité de l'amour, pouvoir ineffable de celui-ci, éducation qui porte ses fruits, joie de voir ses enfants réussir, hantise des principes inflexibles, cessation de la peur des sentiments conflictuels... Ou tout simplement une bonne histoire.

Ce qu'il est important de savoir, en fait, ce n'est pas ce qui arrivera aux filles. Je ne vous le dirai pas, d'une part parce que cela n'est pas le sujet : c'est l'acte de ces filles qui est important, pas leur réussite. D'autre part, parce que cela ne s'est pas encore produit. Le plus important, dans cette fable romancée, n'est pas de savoir si c'est un non une parabole... Mais bien que ses protagonistes vivent aujourd'hui.

C'est ce qui rend sa portée encore plus universelle : elle n'a pas été inventée.

06/05/2006

Low & Ordure

Assez ! Il suffit ! C'en est trop ! Pendons-les haut et court ! Viva la Revoluçion ! Et toutes ces sortes de choses. Rebellons-nous contre la télé clonée. Je ne parle pas ici du George clownesque, bellâtre qui a commencé accommodé aux tomates tueuses avant de devenir un suppôt du grand capital avec la franchise de Daniel Ocean, tout en poursuivant son engagement politique style "je répète les conneries de la presse" avec ses propres films.

Non, je veux parler du manque de choix quant aux programmes télévisés, malgré l'étendue de l'offre du câble. Il ne s'agit pas simplement du sempiternel "ouah, ya rien à la télé, c'est de la merde, plus ya de chaînes et moins bien c'est !", mais d'un cri contre la conformité et l'envahissement de toutes les fréquences par un seul et même programme, qui contrôlerait les désormais proverbiales horizontales et verticales...

Le coeur de ma diatribe est dirigé vers une série, une seule, qui a contaminé la plupart des chaînes avec ses quinze saisons, j'ai nommé New York District (Law and Order, en version originale). Actuellement, à certaines heures, il est impossible de passer à côté : chaque chaîne susceptible de diffuser films, émissions ou séries, diffuse en fin d'après-midi ou en début de soirée, toute la semaine, au moins un épisode.

Et je ne vous parle pas des spinoffs (séries annexes, comme celle qui se déroule à Baltimore, et l'autre qui a pour titre "special victims unit"). Parfois largués deux par deux ou plus, étrangement similaires, les épisodes ont l'avantage de pouvoir être vus à peu près dans n'importe quel ordre : il y a très peu de métahistoire, ce sont des enquêtes individuelles. Certaines chaînes du câble regroupent même les épisodes par acteurs et par thème.

Cette série, fruit d'une coopérative de scénaristes et nègres divers, marche très bien, et renouvelle son casting sans complexes, au contraire de Derrick ou Navarro par exemple. Les épisodes sont toujours plus où moins dans l'air du temps, rapides et rythmés, et seules les étapes importantes sont montrées. Cette méthode a fait des petits, et d'autres séries du même genre parlent de policiers, de pompiers, de ceci ou cela...

Pour marcher, ça marche. A quinze saisons, et avec la richesse des archives du système judiciaire américain (bien plus que le nôtre basé sur le précédent plus que sur le législatif) pour alimenter des scénaristes souvent jetables, les producteurs sont tranquilles et traient leur vache à lait par tous les pis : romans, guides de la série, jeux vidéos plus où moins bien faits... Un facétieux a même fait un album à colorier (parodique bien sûr).

Comme ça marche bien, les chaînes françaises se jettent toutes sur le filon pour avoir une part du gâteau, plutôt que d'oser l'originalité d'une programmation différente. Il est vrai que si la dernière saison inédite est chère, le prix des droits de diffusion des anciennes saisons est très abordable pour la plupart des "petites" chaînes du câble, de celles qui sont coincées avec Starsky, Hutch et Charles s'en charge.

Voilà pourquoi, aujourd'hui, quand on zappe tranquillement, on passe sans interruption par cinq à six épisodes différents (mais toujours similaires) de New York District. Et c'est bien, cette série... C'est bien fait, c'est documenté, c'est assez réaliste, c'est bien scénarisé,  décors et costumes sont certes réutilisés et courants mais tout à fait appropriés... Mais moi ça me sort par les narines à force de me bourrer le crâne !

Et après on se demande pourquoi la plupart des français connaissent mieux le système judiciaire américain que le leur...

Pitié, éteignez la télé, ça leur apprendra.

05/05/2006

L'anhydre de Lerne

Discrètement, j'ai mis sur ce Blog une liste des métaux fictifs, pensant que ce serait vaguement distrayant. Elle ne va pas faire long feu, mais bon, peu importe : la variété reste le sel des blogs. A propos de métaux, non fictifs cette fois, vous avez sans doute entendu parler des vols de métaux par braquages (ou autres) qui subissent une recrudescence en ce moment... Il est vrai que les cours du métal augmentent.

Nous ne parlons pas ici uniquement de métaux dis précieux comme l'or ou le platine, toujours convoités et victimes eux aussi de cette recrudescence, mais d'éléments plus anodins comme le nickel et le cuivre. Apparemment, les métaux peuvent transiter et, comme de l'argent blanchi, être remis sur le marché par des intermédiaires peu scrupuleux. Vous allez me dire, ce n'est pas aussi grave qu'un vol de lingots d'or ou de monnaie...

Eh bien si. Premièrement, les entreprises qui possèdent ces métaux sont lésées de leur matière première... Deuxièmement, cela influe sur les prix de ces métaux. De tels éléments sont importants, non seulement dans l'électronique, mais aussi pour la recherche, ou simplement les travaux pratiques des élèves de millions de lycées en Europe ! Bon, d'accord, la plupart des élèves nous remercieront si il leur manque le sulfate de cuivre...

Mais il y a pire. Le sulfate de cuivre anhydre, poudre blanche, est l'un des matériaux employés pour faire passer la cocaïne. C'est un vieux truc, une réaction simple, et surtout l'Europe est un marché en plein essor pour "l'hydre" des trafiquants... Il ne s'agit donc pas uniquement de quelques piécettes en nickel, et les gendarmes autour du Havre ne patrouillent pas que pour protéger les droits de quelques chefs d'entreprise.

Comme l'oxyde de zinc, qui entre dans la composition de tellement de choses que les frères ZAZ en ont fait un sketch devenu immortel dans "Kentucky Fried Movie" ("Hamburger Film Sandwich" en français), les débouchés légaux et illégaux du cuivre et de ses dérivés sont nombreux, et je voulais juste informer les lecteurs de ce Blog de faire attention à cette information, laquelle ne mérite pas l'indifférence que lui témoigneront beaucoup.

03/05/2006

Dégueu Station

"Authentique", "Traditionnel", "Le goût nature original", voilà bien des arguments de vente imparables à ranger dans la catégorie "sans OGM" et "bio". Nous avons d'ailleurs déjà évoqué cette catégorie on ne peut plus relative dans un précédent billet (c'était il y a longtemps, mais vous devriez pouvoir trouver à force de persévérance). En l'occurrence, pendant mon petit séjour en Bretagne, j'en ai vu des produits de cet acabit.

Je précise tout de suite qu'en général ça ne vaut pas un clou... Preuves à l'appui. Les craquelins originaux et authentiques, nature et traditionnels de Bretagne ? C'est fadasse, on dirait du polystyrène expansé ou de la mousse plastique, mais faite pour être mâchonnée. Je n'ose employer le terme "alimentaire". Ce n'est pas que ce soit mauvais, c'est juste que ça n'a pas de goût et que ça grince sous la dent. Insupportable.

Le terme "craquelin" peut désigner des tas de choses : des brioches un peu croustillantes, des pâtissons gonflés comme des chouquettes, des biscuits, une sorte croquant qui entre dans la composition de gâteaux à la crème, des feuilletés souvent fourrés aux fruits, ou même des tas de petites bugnes et merveilles frites de différentes sortes. Là, c'est un machin. Il n'y a pas d'autre mot. Une chips épaisse en forme d'oreille du Prince de Galles.

Tant qu'on y est, la crème de caramel au beurre salé, eh bien c'est infect. Soit, les caramels au beurre salé ont un goût original, et certains les adorent, mais de là à les rendre plus pâteux (genre Nutella) et à les tartiner sur du pain... Le saucisson à la myrtille n'est pas fantastique non plus, et je ne vous parle pas des produits naturels et traditionnels qui ne sont pas typiquement bretons, comme le pain de maïs...

Les traditions, ça n'est pas mauvais en soi. Mais à goûter ce genre de choses, on comprend pourquoi il y a des recettes traditionnelles qui font le tour du monde et d'autres qui marinent dans leur village paumé.

01/05/2006

May Day

Je cherchais quelque chose à vous raconter, ô lecteurs fidèles, à propos du joli mois de mai... Outre les mièvreries du genre "une hirondelle ne fait pas le printemps" et les Lewiscarroleries massacrées à la sauce Disney comme "Les fleurs sont la beauté du monde, un matin de mai fleuri", je n'ai pas trouvé grand chose. Pourtant le printemps en lui-même est une période étonnante et tout aussi chargée d'archaïsmes que les autres saisons.

Période de transition par excellence, il printemps évoque la maturation sexuelle. C'est la saison des fleurs et des premières amours, du réchauffement et de la montée de sève... Suggestif, hein ? C'est aussi une période dangereuse, culturellement parlant, car les changements de temps, l'humidité et le fraîchin font que les individus "fragiles" des sociétés (anthropologiquement et médicalement parlant : les vieux, les très jeunes, les gens dont c'est la première puberté...) sont en danger de maladie... Réel au Moyen-Âge, imaginé aujourd'hui.

C'est assez peu compréhensible pour nous, modernes penseurs. On mettait ça sur le dos de la sève qui monte et des fluides qui changent, du fait que les "anciens" ne sont plus sexuellement actifs (et par conséquent supportent mal une saison qui met pour rien leurs fluides en mouvements), et puis cette histoire de fraîchin n'est pas super claire non plus... Mais qui dit période transitoire dit "entre-deux", donc "marge", donc "danger".

Le premier mai, ou "may day", fête du travail, n'est qu'une version moderne de Beltane, la fête païenne considérée comme le plus grand jour férié au pays de Galles et dans d'autres terres celtiques. C'est la fête du feu, le "Feu de Bel", ou plutôt le feu de Baal... La fête de la sève qui monte, à l'opposé de la Samhain (bien que l'autre équinoxe, vernal, soit le 21 mars, l'autre nom de Beltane est justement "Cetsamhain").

Petite parenthèse : le signal de détresse "may day" n'a aucun rapport avec le mois de mai ou ce dont on parle. Il s'agit de la transcription anglophone du français "m'aider", diminutif de la phrase "venez m'aider". En effet, pas mal de signaux radios internationaux sont en français, comme "silence" (prononcé dans toutes les langues à la française) et "pan-pan" (prononcé "panne", et signifiant exactement cela). Revenons à nos moutons.

Tout ceci n'est pas sans rappeler la fête romaine des floralies, banquet des fleurs durant trois jours qui pouvait être complètement orgiaque. Et qui ne connaît le "sacre du printemps" que Stravinsky immortalise de façon moderne, et les évocations grotesques des poèmes païens de Carmina Burana, mis en musique par Carl Orff ? Pas étonnant que toute la chrétienté ait cherché à effacer cette célébration par tous les moyens.

Le jour de cette fête de mai, nous nous contentons d'un brin de muguet, alors que les druides allumaient des feux. Dans une fête aussi chaude, il est de bon ton de sauter nu par dessus les feux aux propriétés bénéfiques... et de "danser" toute la nuit. L'arbre de mai (symbole phallique) et les enfants tournant autour, les danses folks entre hommes et les tournois sportifs, autant de traditions qui échauffent les sangs !

Et les femmes ne sont pas en reste : on élit une Reine de Mai, traditionnellement nue et conduisant la fête, et les jeunes filles s'apprêtent... Quelle est la part de fantasme sur la sorcellerie et la part de traditions là-dedans ? Allez savoir. Toujours est-il que beaucoup considèrent que c'est la fête de la sexualité débridée, alors que c'est une fête, bien plus généralement, où l'on cherche ses limites et où on teste celles de la société.

C'est pourquoi l'une des plus grandes traditions du mois de mai dans les pays celtes sont les danses Morris que l'on danse en cercle, avec clochettes et bâtons, et entre hommes : les bâtons sont sexuels, mais pas tant que servant à garder et à délimiter. Il est de coutume de réparer les barrières en ce jour, et de faire le tour de sa maison et de ses champs à pied : cela s'appelle "battre les limites", et ça, ça n'a rien de débridé.

Mais le mois de mai est tout de même joli. Ne dit-on pas, en mai, fais ce qu'il te plaît ? La chanson anglaise dit "Lusty month of may", le mois de mai luxurieux... Et c'est encore le cas aujourd'hui. Outre le regain (passablement soixante-huitard, parfois...) de ces vieilles symboliques, c'est le mois où l'on veut plaire : il n'y a qu'à voir tous les magazines féminins qui profitent de ce que c'est une période de changement.

Très prosaïquement, et c'est lié au symbolisme dont nous discutions plus haut, c'est le mois où l'on fait les diètes qui porteront leurs fruits à l'été, le mois où l'on s'apprête, le mois où l'on ressent à nouveau le besoin de plaire. Comparez le nombre des publicités pour les produits light, des régimes publiés, vous verrez aisément la différence entre les mois. La période printanière d'avril-mai est largement en tête.

D'ailleurs, c'est de cet engouement pour la minceur que profita le pharmacien délétère dont les pilules soi-disant miraculeuses ont fait à la fois couler l'encre, la bile et le sang quelques jours plus tôt : nous en parlions dans ce même Blog. Vous voyez bien : Quand je vous disais que la saison du printemps était celle où les fluides se mettaient en mouvement, et que c'était une saison d'excès, une saison dangereuse...

Posté par Elromanozo à 22:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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