02/09/06

Billets d'Avril 2006

Note de l'Auteur : Voilà les billets du mois d'Avril... Ils sont toujours sans images et classés par ordre déchronologique, mais la mise en page à un peu déconné. Bon, c'est pas super grave, en même temps, vous avez une partie grise... et une partie grise ! Avec deux gris différents et des tailles à peine pas pareilles sur certains titres,  pour ça, je vous fais confiance pour ne pas me chier une pendule. De toutes façons,  personne ne va les lire, ces archives...

30/04/2006

France liste

Nous vivons dans une société étrange. Pour nous en convaincre il suffit de lire nos lois... Et ce qu'on interdit de faire à nos citoyens. Voici une liste non exhaustive d'un tas de choses que pas mal de gens trouvent, si pas "normales", du moins pardonnables dans certaines circonstances, et qui sont pourtant interdites. Beaucoup sont dangereuses, mais traverser en dehors des clous aussi... C'est illégal, et tout le monde l'a fait.

Choses illégales que presque tout le monde fait, ou voudrait bien faire :

_ Acheter des cigarettes en étant mineur et/ou les fumer

_ Acheter, posséder et/ou fumer du cannabis sans intention de revente

_ Avoir des relations sexuelles avec un autre que son conjoint (adultère)

_ Se promener dans les rues de manière "suspecte" (Vagabondage)

_ Refuser de montrer ses papiers à un représentant de la loi qui les demande, ne pas en avoir sur soi

_ Passer sans valider son titre de transport dans les transports en commun

_ Donner son sang lorsqu'on est homosexuel

_ Donner son sang après tout acte chirurgical, sexuel, blessure, piercing ou tatouage non suivis de dépistage

_ Ne pas déclarer certains revenus, par oubli ou volontairement, et ne pas payer à temps (fraude fiscale)

_ Payer "au noir" pour n'importe quel service ou bien

_ Conduire après n'avoir bu qu'un verre (conduite en état d'ivresse)

_ Lire un fichier informatique MP3 ou autre sans l'avoir dûment payé à qui de droit

_ Posséder un carnet d'adresse informatisé trop détaillé ou accessible (loi informatique et liberté)

_ Etre payé pour un jour férié même si on a travaillé et qu'on en avait envie

_ Se suicider (bien entendu, c'est la tentative avortée que l'on peut punir...)

_ Aider quelqu'un à se suicider ou ne pas l'en empêcher lorsqu'on est averti

_ Donner à un mendiant dans les transports en commun

_ Mendier ou quêter l'aumône dans des lieux publics (pour soi-même ou un autre, pas pour un organisme)

_ Amener un animal dans les transports en commun autre qu'un chien d'aveugle

_ Ne pas céder son siège dans les transports en communs et les hôpitaux publics lorsqu'on est valide

_ Insulter quelqu'un en public (même de façon anodine, ce sont des menaces, de la violence verbale)

_ Insulter quiconque porte un uniforme ou un signe distinctif montrant qu'il est fonctionnaire de l'état

_ Insulter d'une manière quelconque un membre d'une minorité (le crime est plus important que pour un autre)

_ Payer un ou une prostituée (même sans avoir de relations sexuelles)

_ S'adonner à n'importe quel type d'activité sexuelle dans une voiture à l'arrêt (si on vous y surprend...)

_ Monter à cheval dans la plupart des grandes villes

_ Tuer un pigeon (alors qu'il est permis de mettre pointes acérées, répulsifs et autres sur son balcon)

_ Changer l'aspect extérieur de sa propre maison sans autorisation (dans la plupart des villes)

_ Refuser de payer son loyer, même pris à la gorge par son propriétaire et vivant dans un lieu insalubre

_ Laisser un animal ou une personne dont on est responsable commettre n'importe quelle infraction

_ Crier et chanter dans la rue après 22 heures (tapage nocturne)

_ Uriner dans tout lieu public ou extérieur qui n'est pas prévu pour, y compris en pleine nature

_ Faire un pari amical ou organiser un jeu d'argent sans licence appropriée

Je tiens à dire que je suis personnellement fier d'être dans un pays qui tient toujours pour illégal de fumer des joints et d'insulter les gens en public, comme de se battre, et tant d'autres choses... Mais je pense qu'on peut s'entendre sur cette histoire de don du sang des gays, par exemple ! A part ça, il est toujours permis, en France, d'épouser ses cousins et de ne pas aller voter. Je suppose que toute société a ses petites bizarreries.

29/04/2006

Exempli Gratia

Je ne résiste pas au plaisir de vous égrener un autre exemple du jeu que j'exposai dans le dernier billet d'humeur, celui des anagrammes casés... Allez l'y lire si vous l'osez ! Ce texte, beaucoup plus hard, contient au moins trente anagrammes du mot "Réticence", dont plusieurs répétés (et en une occasion l'un d'eux est accordé au pluriel, donc avec un S... Bon, c'est de la triche, je l’admets !). Le plus petit fait deux lettres. Bonne chasse !

Laid Producteur :

Ceinte de fleurs selon un rite vaguement originaire de Cirène, la pseudo-vestale de Nice fut saillie sur la crête... Sans réticence et sans qu'elle ne crie, du moins sans cri de protestation devant ce sacrilège, cette ensorceleuse Circé fut réée après la cène par un beau légionnaire, sans doute né juif ou yankee, car circoncis...

La nuit, américaine, était loin d'être d'un noir d'encre lorsque le réalisateur tourna la scène, écrite par un crétin pour qu'on se rince l'oeil... Il en rit encore alors qu'il tire sa blondasse, de ce que les branleurs font au ciné porno du coin ou sur le net, devant ce qu'il créé. Lui, il n'a pas ce tic, ni cette pulsion masturbatoire.

Il trie le monde entre ceux qui se font exploiter, ceux qui plantent ton tee, te cirent les pompes... Et ceux qui, comme lui, baisent avec des femmes aux seins gros comme des citernes et vivent royalement dans une somptueuse villa, écrin luxueux de leurs délices de Capoue.

Pour citer Mel Brooks: "When you got it, flaunt it! »

28/04/2006

Lire et écrire, règles avancées

Je viens d'ajouter dans la liste des jeux originaux celui des anagrammes casés... Les règles en sont simples mais son exécution n'est pas à la portée de n'importe qui : il s'agit de prendre un mot au hasard (dans un livre, évidemment) et d'en trouver quelques anagrammes. Une ou deux dizaines devraient être un bon chiffre. Pas la peine de faire des anagrammes parfaites avec toutes les lettres, des mots plus courts fonctionnent aussi.

Mais le jeu ne fait que commencer : chaque joueur devra caser tous ces mots (ou le plus possible) dans un texte d'une page environ (ou moins si possible). Chacun lit son texte à haute voix, il est donc important de faire un texte assez drôle, élégant, ou original. De préférence, il faut que les anagrammes passent inaperçus à la lecture... Et tout le monde travaille avec les mêmes mots, les joueurs sont donc logés à la même enseigne.

Ce n'est pas très difficile pour qui est habitué à écrire (ou à Blogger...) mais c'est un défi tout de même ! Ce jeu occupe agréablement quelques heures. Je voudrais vous faire partager un texte comprenant vingt anagrammes du mot "Aurait". Le plus petit des anagrammes fait deux lettres, et le plus long est le mot lui-même (On eut pu en trouver largement plus de vingt, mais nous ne sommes pas devant Laurent Romejko, que diable...)

Récit de chasse :

L'aube naissait et tout était calme près du trou d'eau presque tari. Le soleil Kényan, Ra septentrional des sources du Nil, avivait les couleurs avec art, loin de troubler le rut matinal des lions... Robert Jones, explorateur, tria ses cartouches et rit, chargeant son fusil, pensant au pelage qu'il allait rapporter à la belle Tara. Tout ce dont il avait besoin, c'était d'un peu plus de jour...

Le soleil à l'horizon faisait encore une aura de la crinière du viril animal qui ruait sa femelle. Robert ajusta sa carabine, visa, tira... Et rata le fauve, distrait par l'émoi au creux de son propre bas-ventre provoqué par l'ami naturel qu'il scrutait intensément ! C'est sur lui que se rua le lion, et il s'en fallu de peu qu'il ne le tua, si ce rat de Robert n'avait pas été si vif... Robert fuit donc.

Notre héros eut été reconnu pour son cran s'il n'avait pas été estropié dans sa virilité. Cette histoire, fils mieux aimé, tu la raconteras dans ce bar louche bien connu de Nairobi. Rita la taulière la taira, ira jusqu'à la nier... Mais tu sais dorénavant la vérité : Voilà ce qu'il est advenu de Roger Jones, explorateur intrépide et chasseur émérite... Alias Rita Jones, barmaid au bar chez Tara !

Essayez de les trouver tous, pour voir !

Pharmakon

...En grec, ce mot signifie à la fois "le remède" et "le poison". Il a donné, en français, les mots pharmacie, pharmacopée, et toutes ces sortes de choses. Et cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été aussi bien employé. Oh, de loin en loin, il y a toujours des affaires de ce genre, hélas : médicaments retirés, contre-indications peu respectées... Mais cette fois, c'est plus qu'un simple accident ou de la négligence.

L'information circule, la pharmacie Demours, dans le 17e arrondissement de Paris nous redonne une vieille arnaque, celle de la panacée, de l'or potable, et du "snake oil" des charlatans du Far West... Des pilules amincissantes qui ne sont pas franchement amincissantes, mais plutôt dangereuses : selon la dépêche, palpitations, vomissements et diarrhées sont au rendez-vous, désillusionnant bien vite les pauvres gens.

126 personnes sont déjà victimes, dont quatorze hospitalisés dans un état grave, cinq dans un état critique et un décès... En ces temps de traçabilité et de méfiance du consommateur, comment ces personnes (un nombre faramineux pour une pharmacie de quartier !) se sont-elles laissées prendre ? Il faut que le baratin soit bien rodé. Mais il est vrai que les mentions principe actif, naturel, biologique ou médecine douce font le gros du travail...

Et puis pourvu que cela ait l'aspect professionnel, la couleur bleue du Viagra et blanche de l'Aspirine, le petit pot bien fermé et industriel, l'étiquette sobre et l'aval de votre pharmacien, pourquoi vous poseriez-vous des questions ? Les français ne sont-ils pas ceux qui pratiquent le plus l'automédication dans le monde, et avec un succès redoutable, pourrait-on arguer, puisque nous avons aussi la meilleure espérance de vie ?

Ce qu'on oublie souvent, c'est que les nombreuses pilules de régime du commerce, vendues sans ordonnance, sont toutes dangereuses et à ne pas prendre à la légère. Comme toujours, il y a des instructions à suivre... Ce qui n'est sans doute pas le cas du remède meurtrier et artisanal de chez Demours. Même alors, nombre de médecins récusent ces produits, selon eux loin d'être indispensable : mieux vaut faire de l'exercice.

Doit-on prendre un médicament par simple confort ? C'est un vieux débat, comme celui de la chirurgie plastique, et qui va jusqu'à toucher du doigt le principe fondamental de la médecine, qui est, ou n'est pas, selon certains, soulager la douleur à tout prix... Une chose est sûre, lorsqu'il s'agit d'un médicament aussi douteux qu'une pilule de régime, il y a quand même des précautions à prendre. Mais je ne blâme pas les 126 clients malheureux...

Comment pouvaient-ils deviner que cela allait les rendre malades ? Habituellement, même en cas d'arnaque, quand ça ne marche pas le résultat est nul... La pilule est souvent un placebo. Ici, le pharmacien criminel a fabriqué un poison. Ce qui m'étonne, c'est le nombre de "contaminations" (et on ne les a pas toutes retrouvées) avant que quelqu'un ait remarqué quelque chose, et fait le lien.

Enfin, quelqu'un d'autre que le pharmacien. Oui, parce que même si ce n'est pas volontaire (qui après tout voudrait faire mourir ses clients, se privant de ses revenus, à moins d'en vouloir à certains... Mais je m'égare), il est peu probable qu'il ait été ignorant d'effets secondaires des principes inclus dans ses préparations. L'excuse du "je ne savais pas" alors qu'il a quand même continué à vendre, ça ne tient pas debout.

Remarquez, à force de remplir ses toilettes par tous les bouts, ça finit par marcher, ce régime.

27/04/2006

Au théâtre ce soir

L'autre soir, j'ai vu le Diable, et il n'avait pas fière allure. J'étais à une représentation de Dom Juan, de Molière, pièce tragicomique au texte qui fait plaisir à entendre... Plus qu'un séducteur, Dom Juan est un athée qui se moque du monde, et si la morale est avant tout religieuse, elle va plus loin que cela et reste toujours actuelle : l'homme qui ne croit en rien n'est rien lui-même, et le vice, même si l'on ne le qualifie pas de péché, reste le vice.

Mais je digresse, et je m'en voudrais de résumer un texte si riche. Je disais donc que là-bas, j'avais vu le Diable. Je l'ai aperçu dés mon entrée dans la salle, une de ces salles d'auditorium typique des banlieues communistes du 93, toute de briques et mal entretenue, petit succédané de Bolchoï, théâtre d'état qui amène pourtant les plaisirs de la culture, non sans héroïsme, à ceux qui devraient prendre un long train pour arriver au moindre musée.

Le Diable, cet autre rouge, était assis là, à quelques sièges de moi. Il était un peu pâlot et il avait tombé les cornes, mais on pouvait sans peine reconnaître l'homme noir des sorcières d'antan. Nous avons tous deux vu la pièce sans parler, c'est tout juste s'il a osé troubler le silence pour faire le mal, presque en s'excusant : un seul téléphone portable a sonné. C'était agaçant, mais c'était au tout début, et le propriétaire est sorti tout de suite.

Sur scène, les comédiens faisaient ce qu’ils pouvaient. Ma foi, ils ne jouaient pas si mal... Quelques chutes maladroites, quelques lapsus que personne n'a vus (le public était profane). Il y a beaucoup, beaucoup à redire de la performance des comédiens, mais il faut blâmer, très probablement, le metteur en scène. Le Diable l'a très bien vu, il en était atterré, le pauvre. Voyez-vous, la mise en scène était moderne... Et mauvaise.

Je dois préciser tout de suite que j'aime beaucoup ce qu'on appelle le théâtre contemporain, et la modernisation des classiques est souvent bénéfique. Une mise en scène dépouillée, l'absence quasi totale d'accessoires, un décor sombre, voilà qui donne aux comédiens une chance de tout meubler eux-mêmes, une grande liberté, et l'attention indivise du public. Le théâtre est un livre d'histoires, pas d'Histoire...

Mais là... Oser demander aux comédiens de tourner le dos au public, c'est bien, c'est naturel. Mais heureusement que j'étais prés des premiers rangs, sinon je n'aurai rien entendu ! De même, on voit bien qu'ils ont des mimiques, mais, de dos, on ne les voit pas. Et puis qu'est-ce que c'est que cette mode de taper dans ses mains pour un oui ou pour un non ? Tout ceci remplace fort mal les trois coups, et le reste.

Périodiquement, surtout autour des éléments surnaturels de la pièce, certains acteurs (restés sur scène, sans doute pour meubler) tapent dans leurs mains. Soit ça fait "regardez, j'ai pris des cours d'improvisation", soit ça fait "regardez, c'est moderne, c'est snob". Il eut été intéressant de trouver quelque chose de plus original, de moins ridicule, quelque chose qui casse moins l'ambiance solennelle, tragique ou comique.

Et puis ce sont des claquements de mains qui remplacent les coups frappés à la porte de Dom Juan par la statue du Commandeur... Certes, c'est du théâtre, mais je ne sais pas si vous imaginez un poing de pierre, caverneux, sépulcral, frapper sur une porte de chêne de manière à vous glacer les os (c'est ça, dans la pièce !) figuré par trois péquins masqués qui tapent mollement des mains, même pas bien synchronisés.

Plus on avance dans le surnaturel, plus les autres acteurs, grotesques avec leurs masques, se mettent à évoluer lentement, qui manipulant un pendule (hautement symbolique, et aussi hautement banal... Comme une comique mouche du coche tournoyant près des tirades fatiguées et boueuses de Dom Juan), qui jetant des regards lourds (de fatigue ?) au public (pour compter les spectateurs ?), qui Béjartisant vaguement.

C'était une mise en scène très commune, avec des chaises (comme dans d'autres Dom Juans modernes d'ailleurs ! vraiment rien d'original) et presque aussi pathétique que le film avec Alain Delon dans le rôle titre, pantalonesque vieillard défraîchi face à un pathétique Michel Boujenah en Sganarelle mou (sur fond de polyphonies corses, en plus, n'importe quoi...). C'était vide, et plus qu'ennuyant, c'était agaçant.

C'est tout de même Dom Juan qui a remporté la palme du pire cabotin radoteur... Ses tirades, lassantes, accentuaient encore l'effet qu'un tel épouvantail dégingandé ne peut séduire personne, surtout avec une maigreur presque ravagée et un costume aussi ridicule. C'est un Dom Juan désabusé, blasé et cynique, mais sans amour pour la vie ni la jouissance, et qui fatigue vers la fin, de plus en plus monocorde, sentencieux...

Alors que Dom Juan devrait être plein de vie, fringant, enrubanné, un beau Diable ! Celui-ci, dans l'assistance, n'en a pas cru ses yeux. Quoi ? Ce raide fil de fer articulé, ce lampadaire dénué de présence, ce petit bourgeois blasé, déchet commun et transparent comme un gobelet en plastique, Cadavre transi qui déclame comme une vieille savate en se prenant pour Desproges ? Remplacer un personnage aussi sexué, aussi plein de vie ?

A cause de lui, et de la mise en scène, toutes les dernières répliques de Sganarelle sont tombées complètement à plat... Ainsi que quelques autres. Dommage. J'ai appris plus tard que l'acteur qui jouait Dom Juan avait (quelle surprise...) fait la mise en scène. Tout s'explique. A sa mort, après son ridicule geignement et les gesticulations des divers spectres en marshmallow, le Diable n'est pas venu le chercher.

Il n'y a pas eu de fumée, pas de flammes, le Diable s'est simplement levé et il est parti. Comme j'étais le seul à le voir (les acteurs sont trop imbus d'eux-mêmes, et le public est trop bonne pomme), il m'a jeté un regard en sortant. Pas un de ces regards à la Faust des Méphistophélès en collants rouges, ceux qui disent "je te reverrai bientôt !", mais un regard las, atterré, et plein de compréhension pour moi et le public.

L'indifférence est une chose terrible, celle des gens importants l'est plus encore... Même quand on applaudit par ailleurs. Voyez-vous, le public était composé de lycéens en sortie scolaires, qui n'y connaissent pas grand chose, et à qui on a dit d'applaudir quand même. Tous les autres étaient des invités ou des amis des acteurs, venus pour faire plaisir à une représentation un peu à la sauvette. Et la salle était tout sauf pleine.

Gageons que la pièce a besoin de rodage... Même si le texte est balisé, archi-balisé, classique, lu par tout le monde, joué par tout le monde à l'école (c'est ça ou le bourgeois gentilhomme, ou alors le médecin malgré lui, ou le malade imaginaire... à la limite les femmes savantes... ou carrément tous à la fois), et que les autres acteurs ne sont pas mauvais... Et espérons que Satan daignera relever Dom Juan la prochaine fois.

26/04/2006

It's only make believe

Vous avez peut-être remarqué dans ma liste de sentences qui tuent (un peu plus bas sur ce Blog... Allez-y, ce n'est pas si loin !) la phrase "There's a sucker born every minute" attribuée à un certain David Hannum, illustre inconnu. Et, si vous connaissiez cette phrase, vous vous êtes sûrement dit "Palsambleu, mais voilà qui Ets étrange, n'est-ce point la phrase de P. T. Barnum ?"... Ou quelque chose de ce genre. Et vous auriez eu raison.

Enfin presque. Il s'agit d'une phrase qu'on attribue à Barnum parce qu'elle lui est toujours associée, et que son auteur réel n'est absolument pas célèbre. Pour ceux qui ne savent pas qui était P. T. Barnum, c'est celui du cirque Barnum & Bailey, le grand arnaqueur et concepteur de shows forains et de music hall, self-made-man et montreur de galeries de monstres célèbre pour ses hyperboles (et aussi pour Eléphant Man, mais bon).

Comme l'histoire de cette citation particulièrement acerbe et lucide est intéressante, je vous la résume. A l'époque de Barnum, les Etats-Unis sont en pleine démocratisation des loisirs. En même temps, de nombreux pasteurs évangélistes prêchent contre les théories de l'évolution (c'est encore le cas aujourd'hui) et parlent des temps reculés où des géants et des dragons vivaient sur Terre, réinterprétant diverses trouvailles paléontologiques.

En 1868 un certain George Hull de Binghamton (état de New York), vient de se former pendant deux ans à l'archéologie et à la paléontologie... Durant ces deux ans, il a machiné un plan si machiavélique, un canular si énorme, une arnaque si monumentale qu'elle ne peut que fonctionner. Ce plan, qui dénote une compréhension aiguisée de la nature humaine et de son époque, nécessite une longue mise en place.

George Hull n'est pas un professionnel de la paléontologie, mais c'est un entrepreneur visiblement brillant qui a réussi dans la manufacture de cigares. Erudit et notable (ce qui, dans la mentalité protestante, ne donne que plus de poids à ses opinions : qui a réussi dans la vie a "gagné son pain à la sueur de son front"...), il a aussi voyagé un peu partout aux Etats-Unis et s'est érigé en athée résolument sceptique.

Il se rend tout d'abord à Fort Dodge, Iowa, où il avait remarqué deux ans auparavant une carrière de gypse. Le gypse est parfait pour son plan car il présente des veines d'un bleu foncé qui lui donnent un aspect vaguement organique, en plus d'être facile à tailler. Hull paie des ouvriers pour lui découper un bloc de 4m par 1m par 1m30 environ. Il ne leur en dit pas plus, car il ne faut pas que trop de gens soient au courant.

En novembre de la même année, le bloc (soigneusement enveloppé dans de la toile pour en préserver le secret) est transporté par diligence vers la gare la plus proche, à près de 70km de là... Après un voyage difficile, il est expédié par le train à Chicago où l'attend un tailleur de pierre du nom de Edward Burghardt. Celui-ci, bien payé ainsi que ses assistants par George Hull, a des instructions extrêmement précises :

Tenus au secret, ils ont pour tâche de sculpter un "géant" de gypse dans une grange à l'écart de la ville, et uniquement durant leurs jours de congés et leurs dimanches. Le géant devait avoir l'air d'être mort dans d'atroces souffrances. Le résultat est à la hauteur, très expressif et surtout détaillé : ongles de mains, de pieds, narines, sexe, une main porté au ventre... Une aiguille est même utilisée pour tailler les pores de la peau !

Une fois le géant fini et aspergé d'une solution de vitriol et d'encre pour le "vieillir", le géant, convenablement emballé, est réexpédié par le train jusqu'à la ferme de William Newell, le cousin de George Hull, près de Cardiff (dans l'Etat de New York, hein, pas au Pays de Galles...). Notez que c'est très pratique : Il s'agit d'un homme de confiance (ce qui est nécessaire à cette étape du plan), mais qui ne porte pas le même nom que Hull.

Hull, Newell et son fils aîné enterrent ensuite le géant en travaillant exclusivement la nuit à peu près entre la maison et la grange de Newell. Même s'ils savent qu'il s'agit d'une arnaque et ont une part garantie dans celle-ci, pour que le secret soit total, ni Newell ni son fils aîné ne sont au courant de la suite du plan ni de ce qui a précédé. Le reste de la famille, les amis, les voisins, sont tenus dans l'ignorance la plus totale.

Hull leur promet que, dans environ un an, il reviendra exécuter la suite du plan avec eux. Par chance (mais est-ce vraiment de la chance ? Hull est un paléontologue averti), six mois plus tard, on déterre des fossiles près de la ferme des Newell, et des journaux relatent la chose dans tout le pays. Un an après avoir enterré le géant, et alors que ces articles providentiels sont encore dans les mémoires, Hull se manifeste comme promis.

Il envoie une lettre à Newell le 15 octobre pour tout lui expliquer. Sur ses instructions, Newell engage deux ouvriers (peu éduqués, au dessus de tout soupçon dans le cadre d'une arnaque) pour creuser un puits. Il leur demande "parce que c'est pratique" de creuser entre sa grange et sa maison, et il attend. Comme prévu, en début d'après-midi, les ouvriers viennent lui annoncer une grande "trouvaille" : un géant pétrifié...

La nouvelle fait vite son chemin, et le jour même, les visiteurs affluent. Dés le premier après-midi, Newell érige une tente autour du "tombeau du géant" et fait payer l'entrée 25 cents. Deux jours plus tard, le Syracuse Journal publie la découverte, et le nombre de visiteurs augmente... Ainsi que le prix des entrées, qui passe à 50 cents. Une compagnie de diligence offre même quatre allers-retours par jour depuis Syracuse !

Chaque jour, parmi les milliers de visiteurs, se pressent des ecclésiastiques, des professeurs, des érudits et des scientifiques émérites. Avant longtemps, l'opinion des experts est divisée selon deux théories. La première : c'est un géant fossilisé. La seconde : c'est une statue ancienne. Et c'est par là que l'on constate toute l'ingéniosité du plan de Hull : Cette controverse, prévue, est la "diversion du prestidigitateur".

Trop occupés à se demander s'il s'agit d'un humain fossilisé ou d'une statue et dépourvus de méthodes de datations modernes, les scientifiques, les théologiens, les experts et ceux dont l'opinion compte (et derrière eux la majorité des visiteurs), ne cherchent pas à mettre en doute le fait qu'il s'agisse bien de quelque chose d'ancien... Ainsi, personne ne crie au scandale au milieu des cris, et personne ne vérifie s'il s'agit d'un faux !

Dix jours après la découverte du "Géant de Cardiff", au moment où il commence à faire couler de l'encre au niveau national, Hull et son cousin vendent un intérêt à valeur de deux tiers des profits du géant pour 30000 dollars (une somme énorme à l'époque) à une association commerciale de cinq hommes basée à Syracuse, à la tête de laquelle se trouve le banquier David Hannum (eh oui, c'est lui !). Ils décident d'exposer le géant en ville...

Et, tant qu'à faire, prétextant les frais nécessaires au déplacement et à l'exposition du géant dans une galerie ainsi que l'authentification "coûteuse" par des experts, les propriétaires associés du géant augmentent le prix de l'entrée à un dollar par tête de pipe. Le géant est, cette année-là, l'exposition dont on parle le plus aux Etats-Unis : près de 3000 personnes se pressent pour venir le voir chaque dimanche, malgré le prix !

P. T. Barnum s'intéresse à cette affaire, comme à tout spectacle qui pourrait lui rapporter de l'argent. Il envoie un de ses sbires pour voir de quoi il s'agit, lequel lui confirme tout, ainsi que le nombre faramineux de visiteurs. Barnum se fiche de savoir si c'est un faux, il ordonne aussitôt à son sbire (par câble express) de faire une offre aux propriétaires pour racheter le géant à valeur de 50000 dollars. Hannum refuse l'offre.

Barnum, qui est tout de même un expert, sent l'arnaque. Il se dit que ça ne fera peut-être pas long feu, et décide de ne pas surenchérir. Comme il veut tout de même avoir sa part du gâteau et que cette nouveauté est dans l'air du temps, il engage une équipe pour sculpter son propre géant. Avant peu, il dévoile son propre géant et clame qu'il l'a acheté à Hannum et que celui-ci n'expose à présent qu'une reproduction !

Et rebelote : des milliers de gens affluent pour voir le géant de Barnum, parce que, lui, il a déjà un nom, et que son histoire est plausible. Comme il a des relais, beaucoup de journaux impriment même la version Barnum de l'histoire, c'est à dire que le géant de Hannum et Hull est un faux et que celui de Barnum est authentique. C'est à ce moment que la citation de Hannum paraît : "There's a sucker born every minute !"

Hannum (qui a, soit dit en passant, toujours l'impression que son géant est un authentique fossile ou une authentique statue puisqu'il n'a pas participé à l'arnaque du début !), fait évidemment référence aux milliers d'imbéciles qui paient pour voir le géant de Barnum. Cette phrase n'a-t-elle pas, pourtant, une dimension universelle, par son élégance, et surtout par le fait qu'elle choque en envenime les choses ?

Et cela ajoute à la confusion, pour le plus grand plaisir de Barnum : celui-ci, par une seconde diversion, a détourné toute l'arnaque à son profit (et est même arrivé à voler la phrase de Hannum !). Trop occupés à se demander quel géant est authentique, distrait par une bataille d'experts, de noms, de scientifiques et de journalistes, le public n'est même pas effleuré par l'idée que les deux sont des faux.

Hannum fait un procès à Barnum pour diffamation, erreur grossière de quelqu'un qui n'est pas dans la confidence... Au procès, Hull est appelé à la barre et dévoile toute l'histoire. Le juge, certainement amusé, prononce un non-lieu en faveur de Barnum : Même s'il en a fabriqué une copie, on ne peut condamner P. T. Barnum pour avoir qualifié le premier géant de "faux", puisque c'en est effectivement un.

Oh, bien sûr, après-coup, tout le monde a dit "j'en étais sûr", et s'est tourné vers les rares experts qui avaient compris le truc. Un avis d'archéologue le qualifie effectivement ainsi : "An impossibility, a statue, a clumsy fraud, and just plain silly". Pourtant, cet avis n'eut pas grand effet sur les esprits : l'acceptation du géant n'était basée, comme pour tant d'autres choses, que sur le désir et le besoin d'y croire.

Depuis lors, puisque David Hannum, banquier naïf, n'avait rien de remarquable, et que Barnum avait à la fois le don de l'esbroufe, du vol, et celui du théâtral, c'est à lui qu'on attribue la citation. Voilà toute l'histoire, récit d'une époque de forains haute en couleurs et d'arnaques faites de bouts de ficelles et de blocs de gypse. Ne la regrettez pas, nous vivons une époque similaire... et tout aussi drôle et intéressante, quand on y songe.

25/04/2006

Trafic d'organes

Tiens, c'est la Saint Marc aujourd'hui. Bon, j'en n'ai rien à battre, je ne connais pas de Marc. C'est pourtant un joli nom. Accessoirement, Saint Marc est celui qui a écrit l'évangile du même nom (et il ne s'est pas vraiment cassé pour le titre, comme tous ces gens là...). Il a abrité pas mal de chrétiens du temps des persécutions, il a accompagné Saint Pierre à Rome, et il est mort à Alexandrie sans même se faire martyriser, en 67.

La place San Marco de Venise (et surtout l'église du même nom) est appelée ainsi parce qu'on a acheminé le corps de Saint Marc (ou ce qu'on a cru à un moment être le corps de Saint Marc, ou, plus probablement encore, ce qu'on voulait faire passer pour le corps de Saint Marc pour une basse raison politique et monétaire à la "nous aussi on a des gros saints"...) dans cette ville humide, même s'il n'avait pas grand chose à y faire...

C'est le privilège des saints (et des mannequins) d'avoir un corps très demandé. On se les arrache ! Littéralement d'ailleurs, vu le nombre de reliques vraies et fausses qui circulent encore. Avec la crise pétrolière, ça fait cher la phalange. Je me demande à combien s'élève le bout de Jean-Paul II... Les anticléricaux diront que déjà de son vivant, son bout ne s'élevait plus beaucoup et surtout pas pour grand chose, certes.

Tout ça me fait penser à la pratique funéraire peu scrupuleuse que les créateurs de Star Trek ont attribué à une race ultra commerciale et cupide au point d'en être à la fois pittoresque, stéréotypée et ignoble, les Ferengis. Leurs morts ne sont pas enterrés ni incinérés, mais lyophilisés et revendus dans des petites boites "collectors" avec certificat d'authenticité. Et là aussi des faux circulent. Moi je trouve ça très humain...

Mais sérieusement, les chirurgiens et les embaumeurs de Sa Sainteté, pour peu qu'ils aient eu l'âme un peu simoniaque (Simoniaque, d'après Simon le Mage, qui, dans l'évangile, voulait s'associer avec Jésus pour commercialiser ses prodiges, le confondant avec un "simple" sorcier... Avec le blé que se fait encore l'Eglise, c'est Simon, ce gagne-petit, qui aurait pu prendre des cours...) peuvent se faire pas mal de blé à la revente.

Pareil pour Mère Thérésa. En plus c'est le genre de chose qui, une fois authentifiée et mise dans son joli présentoir, ne peut que prendre de la valeur avec le temps. Et dans cent ans, qui sait quelle fortune on pourra en tirer ? A mon avis il y a certains croque-morts et certains gériatres qui ont assuré l'héritage de leurs petits enfants "en nature", en plus de leurs fantastiques honoraires de médecin des stars.

A tout le moins, ce sera mieux que la relique de la côte flottante de Cher, même pour les fans de Ralf König.

Mais moins drôle, aussi.

22/04/2006

Cordon s'il vous plaît

Dans la série "traditions bretonnes", il y en a une qui fait toujours rêver : les pierres levées. C'est la fierté de la civilisation celte : des cailloux alignés par rapport aux étoiles. C'est très astucieux. Evidemment, il ne faut pas autant de travail pour aligner des menhirs, même très jolis, que pour bâtir une pyramide, un mausolée à l'antique, des jardins suspendus, le phare d'Alexandrie, ou même les antiques statues bouddhiques qui parsèment l'Asie.

Vous allez me trouver médisant, mais je ne trouve pas ça si fascinant que ça. Oh, d'accord, c'est joli, ça force le respect, mais de là à en déduire une conspiration à la Da Vinci Code ou considérer ça comme une merveille du monde... D'aucuns, qui ne comprennent pas comment les pierres ont été amenées là (négligeant sans doute le travail et l'ingéniosité de nos ancêtres, qui ne devaient pas être plus cons que nous...), crient à l'OVNI.

Je trouve ça d'un racisme achevé ces histoires d'anciens astronautes. Comme si les celtes avaient eu besoin d'aide extraterrestre pour concevoir un calendrier un peu lourd. Même chose pour les pyramides du Mexique, ou celle de Gizeh, les lignes de Nazca et des tas d'autres monuments dits primitifs : certains disent que "ce n'est pas possible pour des gens de cette époque d'avoir fait ça", simplement parce qu'ils ne savent pas le refaire.

C'est vrai quoi, personne ne va dire que la cathédrale de Chartres, le mont Rushmore ou le Parthénon sont l'oeuvre d'extraterrestres qui s'ennuyaient ce jour là, non ? Pourtant, les cathédrales, on serait bien en peine d'en refaire aujourd'hui, pour ne citer qu'elles. Tout ça pour dire que les alignements de pierre, les dolmens et autres monolithes, ça reste largement du domaine de l'humainement possible. Surtout quand on en voit certains...

Tout le monde connaît Stonehenge, Carnac, peut-être même en avez-vous aperçu deux ou trois autres assez sympathiques... Personne ne connaît les multiples pierres levées de la forêt de Fougères. Et pour cause : le dolmen dit "de la pierre au trésor", par exemple, n'est qu'un tas indistinct et moussu, visiblement un peu excavé histoire qu'on puisse voir en se forçant qu'il y a pu y avoir un trou mais que ça s'est peut-être effondré.

Si je vous dit qu'un peu plus loin le "cordon des druides" constitue un alignement de près de cinquante pierres levées en quartz, vous êtes impressionnés. Malheureusement, ce ne sont que des cailloux gris, mal alignés, inégaux en taille, impurs, pas taillés, pas sculptés, pas peints, et pas orientés par rapport à quoi que ce soit de céleste. Il n'y a rien en dessous, rien alentours. Les tas de graviers de Blair Witch sont plus impressionnants.

Comment les archéologues savent-ils qu'il ne s'agit pas d'un phénomène naturel ? Mystère, mais ils ont sûrement leurs méthodes. Quel est l'intérêt de nous montrer tout ça ? Aucun. Peut-être qu'on découvrira autre chose un jour. En attendant c'est un attrape touristes. Les rochers de la forêt de Fontainebleau sont bien plus jolis et étranges. Pourquoi personne ne soutient que les OVNIs sont passés par là ?

21/04/2006

Caban au fond du jardin

Puisqu'il faut toujours parler d'actualité, je vais vous parler d'un truc qui n'a rien à voir en faisant un lien subtil. Attention, ça va aller très vite... Nous sommes aujourd'hui le 21 Avril, date anniversaire d'une certaine autre date que tout le monde semble croire importante politiquement en France. Il se trouve que le 22 et le 23 j'ai deux copines qui fêtent coup sur coup leurs anniversaires, et elles ne se connaissent même pas.

C'est pourquoi je vais vous parler des traditions bretonnes (Vous avez vu, hein, ça c'est de la transition ! Il y a des jours où je m'étonne moi-même...). La Bretagne est un pays fort, et lourd de traditions séculaires. D'aucuns diraient qu'il est fort de ses traditions, alors que d'autres n'hésitent pas à affirmer qu'il est fort lourd de ses traditions. Je vous avais déjà parlé des néo-druides puant le chouchen et le mauvais guide touristique de Pline.

Savez-vous en sus que la Bretagne est la seule région de France (quoique je ne les aie pas toutes explorées, mais tout de même...) où j'ai pu trouver un caban ? Eh oui, la grande tradition du caban de marin breton, vêture chaude, pare-vent, pare-pluie et pare-soleil, est bien vivante. Bon, personne n'en porte en Bretagne. On dirait qu'ils se sont tous déguisés en parisiens. C'est comme les pulls rayés, c'est trop ringard, malgré le côté pratique.

Mais essayez de trouver un caban à Paris : je n'en ai pas vu depuis belle lurette. Je faisais encore les magasins il y a quelques mois et j'ai demandé partout s'ils avaient des cabans... La réponse qu'on me faisait toujours : "des quoi ?!". Le mot même semblant inconnu, je décrivais du mieux que je pouvais la coupe et l'aspect du manteau, et obtenais en retour un sourire entendu et une sélection de duffel-coats. Et moi de soupirer face à l'incompétence.

Une fois, une seule, le vendeur semblait savoir de quoi je parlais. Bon, je ne donnerai pas le nom du magasin, mais ça n'était pas non plus chez n'importe qui. "Des cabans, monsieur ? Attendez, je vais chercher cela en réserve, je pense que cela vous satisfera..." m'a-t-on répondu. J'étais aux anges ! Mais c'était prématuré : Qu'y avait-il dans la réserve et que le vendeur avait pris pour des cabans ? Des duffel-coats, bien sûr.

Car enfin, il y a tout de même une grosse différence entre un caban et un duffel-coat. Pas seulement la couleur, le matériau et la coupe, mais l'absence de capuche, les boutons, la longueur, le revers, les poches... Ce n'est vraiment pas sorcier à reconnaître. Pour ceux qui ne voient pas du tout de quoi je veux parler, pensez aux Beatles. Ils avaient des cabans. Voilà. En plus, la mode du caban pour femme revient.

Toujours pas ? Allez, je vous met une photo (c'est un St James) puisque vous insistez. Si je n'avais pas une de ces pelures marines en face de moi je me dirais que c'est une conspiration colossale ou que je suis fou, que je suis comme cet homme qui se souvient d'une chose qui pour lui a toujours été et qui s'aperçoit graduellement que cela n'a jamais existé pour personne. Un peu comme les vleptes. Comment ça, vleptes, ça n'existe pas ?

20/04/2006

Exceptions

Qui a dit que ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont ? Voici l'exception qui confirme la règle : Au même âge, à peu près, la Reine Elizabeth II est encore en vie et Philippe Castelli est mort. Et c'est bien fait. Ze Couine est une personne très avisée et pleine d'humour (elle a tout de suite vu quelle salope serait Diana et quel thon serait Camilla, pour commencer...), alors que Castelli a toujours été abject, c'est connu, et ça a fait son succès.

D'ailleurs ce n'est pas tout : Il semble que ce soit le temps de l'exception, puisque la pseudo-révolution autour du CPE s'est chez-nous temporairement calmée alors que nous sommes un pays qui a historiquement une grande habitude de la chose... Et qu'une monarchie datant du XVIIe siècle a Katmandou est, selon toute apparence, sur le point d'être renversée. Ce qui ne serait pas plus mal, mais c'est un autre problème.

De même, Julia Roberts s'est faite éreinter à son premier passage sur la scène de Broadway. Qu'il s'agisse du trac, du décalage, d'une incompréhension, du fait qu'elle joue comme un pied quand il s'agit de théâtre, de ce que les critiques New-yorkais sont tous des stéréotypes vivants sortis de la même école qui leur apprend à snober à la fois Hollywood et Stephen King tout en adorant la musique sérielle, ou de tout ça en même temps, allez savoir.

Mais je suis soudain si disert à propos de l'actualité que j'en oublie les choses importantes... Une fois n'est pas coutume, j'ai nettoyé mon petit coin de toile. Appelez ça nettoyage de printemps, purge, élagage ou amputation des membres gangrenés, mais j'ai supprimé deux listes. C'en était trop. Bon, j'en ai aussi rajouté une, celle des jeux marrants et originaux (c'est à dire différents de ceux que tout le monde connaît déjà).

Bon, je sais, ce billet est flou, sans plan, sans fil directeur, administratif et pas très bien écrit non plus. C'est un post un peu court et mou par rapport à d'autres, mais comme je n'ai pas l'impression d'être intéressant d’habitude, du moins pour d'autres que moi, ça ne devrait pas beaucoup vous changer. La prochaine fois, je serai peut-être motivé pour faire un billet un peu plus bandant (c'est à dire long et dur, forcément).

18/04/2006

Pâques, manne

Les pâques viennent de passer, temps béni de la sortie d'Egypte et de la résurrection. Encore une fête sanglante pour fêter la venue d'un printemps que craignaient les païens : le sang du Christ mort pour qu'il puisse ressusciter et que le monde soit sauvé, renouvelé par l'âge de la grâce; le sang des premiers nés et celui de l'agneau pascal qui protège de la colère divine et permet de sortir de l'hiver de l'esclavage...Décidément, Dieu adore le sang.

Et moi j'adore les oeufs en chocolat. D'ailleurs j'en ai eu pour pâques et je ne m'étendrai pas sur leur rôle symbolique, ça me les casse, les oeufs. Mon neveu, qui n'est pas très grand, est passé en hurlant à tous les endroits propices pour découvrir les chocolats ovoïdes et autres catalyseurs de sa délectation infantile. Tradition vaguement slave oblige, nous avons aussi teint de vrais oeufs avec des pigments et des décalcomanies...

Les oeufs teints, qui sont des oeufs durs, il faut les cogner entre eux : celui dont l'oeuf casse a perdu et le donne à manger au vainqueur. Oui, bon, si vous n'aimez pas l'oeuf, ça n'a qu'un intérêt limité, mais c'est sympa. Batailles d'oeufs, chocolats, jouets, jeux, courses et excitations diverses, sans oublier le repas de famille... Mon neveu s'est bien dépensé. C'est vital, pour lui et pour les autres, comme ça il dort bien la nuit. Bref, une belle fête.

C'est peut-être un sale jeu de mots, mais c'est ce qui s'appelle se taper la cloche. Reste maintenant à éviter la crise de foie, s'astreindre religieusement à seulement un ou deux chocolats par jour, et à pratiquer un jeûne sélectif (régime tomates-concombre, et une carotte en l'honneur du lapin de pâques... J'exagère bien sûr) pour perdre les kilos qui vont avec... Je savais bien qu'il y avait une raison pour faire carême avant pâques.

16/04/2006

Frêles de sang

Demain, c'est la journée mondiale de l'hémophilie, terrible maladie congénitale du sang qui empêche la coagulation, provoquant d'horribles douleurs articulaires et aggravant toute blessure, ecchymose ou hémorragie. Cette affliction me fait immanquablement penser à la cohorte des vieilles maladies répandues dans les nobles lignages, aux noms anciens, telles la consomption, la phtisie, la tuberculose et la petite vérole...

Celle-ci est héréditaire et peut même sauter des générations. Vous souvenez-vous de cette dynastie aristocratique passablement consanguine d'Europe dont tous les membres étaient atteints d'hémophilie ? Cela a dû être un calvaire pour eux : non seulement les malades sans traitement moderne meurent jeunes et éprouvent des douleurs constantes, mais ceux-là étaient affichés comme l'exemple d'une noblesse viciée au XVIIIe siècle.

Ces pauvres riches étaient condamnés à ne pas trop se montrer, pas seulement de peur de se blesser à cette époque de cape et d'épées, mais surtout parce que le moindre effort s'accompagnait de souffrances sans nom croissant avec les années. En plus c'est une maladie du sang, donc chargée de symboles (le sang bleu des aristocrates est-il corrompu ? Qu'en est-il des vampires, pâles nobles suçant littéralement le sang du peuple ?)

Moi, j'ai toujours trouvé ça marrant, intéressant à étudier, comme la maladie des "enfants de la lune", l'albinisme, la porphyriose, l'hypertrichose et les allergies au soleil, l'anémie falciforme et des tas d'autres choses qui expliquent scientifiquement (ou tentent de le faire) les mythes, symboles et faits ethnologiques de nos cultures. Bon, c'est mes goûts... Ce qui n'empêche pas de plaindre les hémophiles. Sans pour autant m'apitoyer.

Non, je ne suis pas impitoyable, c'est juste que je connais un ou deux hémophiles et que non seulement ils ne sont pas handicapés mais ils n'aiment pas qu'on les considère comme tels. C'est vrai quoi, c'est grave, mais on n'a pas besoin de le leur rappeler ou de les regarder différemment. Même chose avec les séropositifs. Aurait-on, après tout, le même regard sur un diabétique, une maladie tout aussi terrible qu'invisible il fut un temps ?

Heureusement pour eux, c'est plutôt discret, tout ça.

15/04/2006

Breizh Na Viken, ou un truc comme ça

Parti me ressourcer et prendre le bon air de la mer, comme les dames d'antan allaient faire des cures au moindre signe d'évanouissement (sans se préoccuper de dégrafer leur corset), j'ai sciemment refusé les places aux premières loges pour voir le tassement de l'affaire du CPE. D'après ce que j'ai entendu (et lu) c'était encore plus le cirque à la fin qu'au début, question manoeuvres politiques et effets de manches. Laissons cela.

Dans ma paisible retraite champêtre, au bord d'un ru gazouillant et à quelques mètres du pré de quelques charmants moutons, j'ai médité, reposé et serein face à l'horizon délicieusement forestier et aux pêchers en boutons, respirant l'air vivifiant et vacancier du printemps breton, me délectant d'un feu de cheminée et de quelques crêpes, un livre à la main... Joie et bonheur sur toute la ligne.

Evidemment, pas moyen d'avoir du réseau pour les portables, il y avait à peine quatre chaînes hertziennes sur l'antique télévision, les prises de courant se faisaient rares dans certaines pièces et pour la connexion au Net, pas la peine d'espérer. Il n'y avait même pas de micro-ondes, les moutons d'a côté chiaient à tout va, et il fallait chasser les punaises de bois autour des fenêtres. En même temps c'était un peu le but : rusticité avant tout.

Sinon, l'un dans l'autre, la Bretagne, c'est sympa. Les librairies sont paradisiaques et je m'y connais, les noms sont pittoresques... Qui ne connaît la Vilaine, rivière qui passe par Rennes et Vitré ? Sens et Dol, toujours opposés ? Je suis passé dans un village du nom de Vieux-Vy sur Couesnon, rien à voir pourtant avec une bite du troisième âge alanguie sur une fesse tannée. Quoique, il y avait une maison de retraite dans les environs.

Mais tous les villages se ressemblent, ou du moins ont-ils des caractères communs qui couvrent leurs spécificités. Par exemple, ils ont tous une place de la République (celle sur laquelle tout le monde se gare, et surtout les touristes qui vont faire leurs courses), une rue du Général De Gaulle, et, inexplicablement, une rue des tilleuls. Tout aussi inexplicablement, c'est en général cette rue qui abrite la maison de retraite ou le club du troisième âge.

Il semble aussi que la Bretagne (surtout la Manche et l'Ille et Vilaine) concurrencent sérieusement la Vendée pour le titre du département avec le plus de ronds-points de toute la France. Triste constat : il y en a parfois plusieurs qui se suivent, inutiles, n'ayant chacun que trois issues... Un vieux problème parmi d'autres. Peut-être vous en conterai-je plus un autre jour sur ma relation amour-haine avec la Bretagne un autre jour.

07/04/2006

Le gros Gwen-ha-Dudule

Je pars ! Je m'en vais ! Il suffit, point de larmes. Pris du besoin de changer d'air, je m'en vais à la campagne soigner mes nerfs au milieu des vaches folles et des poules patraques, ou des cochons pestiférés, ou de quoi que ce soit... Ce qu'ils ont en stock en ce moment. Je constaterai de visu combien les manifestations anti-CPE s'étendent hors les villes, ainsi que la pénétration de la technologie dans les hameaux. Mais c'est accessoire.

Je pourrai aussi prendre des nouvelles de la Peste Grippale Aviaro-Bovine Spongiforme Fractaloïde Qui Précarise Sa Mère La Pute (ou PGABSFQPSMLP, ou quel que soit le nom de l'épidémie à rotoluves en vogue actuellement), voir si il est d'aussi bon ton de détester la droite, Le Pen, De Villepin et Sarkozy là-bas qu'ici... Mais je vais surtout m'éloigner de ces problèmes tellement obnubilants en faisant semblant de m'en rapprocher.

Je pars donc en Bretagne. Un de mes amis se plaît à dire que Rennes tient le flambeau de la contestation anti-CPE, mais je pense que je vais trouver là-bas d'autres raisons de me plaindre. Les nappes phréatiques réduites comme la peau de chagrin, l'odeur des porcheries industrielles, les résidus de marées noires, les moules pourries... Je trouve toujours. Mais je n'y vais pas pour ça non plus, vous pouvez me croire.

Non, j'y vais pour les vacances, pour une semaine, pour prendre l'air marin, pour aller faire des ballades en forêt, revoir les châteaux bretons que j'affectionne, rapporter des patates de St Malo, m'acheter un nouveau caban, pour regoûter au pain de campagne et au beurre salé, pour lire au coin du feu quand il fait un temps bien breton, guetter la Bigouden avec son rouleau de sopalin sur la tête (jamais vu, je ne vais pas dans les bons coins)...

Et surtout manger des galettes soubises. Avec des oignons, et tout.

A la semelle prochaine, comme disait l'autre !

06/04/2006

L'esprit de la loi, la loi de l'esprit

Le trafic aérien a été perturbé ces dernières semaines par toutes ces journées d'action et de grèves sur lesquelles je ne m'étendrai plus... Comme s'il n'était pas assez congestionné d'habitude, et comme si le surbooking ne suffisait pas à mettre dans les drames les voyageurs qui (qui l'aurait cru ?) souhaitaient exercer la liberté première de tout homme, celle qui définit le mot même, celle d'aller et venir où bon leur semble.

Cela me fait me ressouvenir d'une anecdote (authentique) que vous pourrez ressortir à vos prochains dîners mondains. L'histoire se passe à l'aéroport de Strasbourg. Régulièrement, la fourrière embarquait une Ferrari mal garée de devant les départs, là où c'est interdit. Toujours la même, la voiture restait une, deux semaines ou plus à la fourrière avant que son propriétaire ne revienne la chercher, payant ce qu'il fallait de bonne grâce.

Le propriétaire faisait visiblement exprès de laisser sa voiture à des endroits illicites pour qu'elle s'y fasse prendre. Les employés de la fourrière et de l'aéroport, naturellement curieux, lui demandèrent un jour la raison de son comportement... Elle est excessivement simple : Obligé de voyager des semaines durant pour affaires, l'automobiliste ne voulait pas laisser son luxueux véhicule à n'importe qui, ni se la faire voler devant chez-lui.

A la fourrière, sa voiture était "gardiennée" nuit et jour, et, puisque les fonctionnaires de l'état sont responsables des véhicules qu'ils gardent et doivent les restituer en bon état une fois l'amende payée, il avait la certitude qu'elle serait bien bichonnée... Et le prix du parking de l'aéroport (ou d'un autre parking privé), avec des garanties inférieures à celles proposées par les forces de l'ordre, était supérieur au prix de l'amende à payer à l'état.

Puisque ce calcul était non seulement avisé mais parfaitement légal, on le laissa continuer son manège.

Peut-être le fait-il toujours à l'heure actuelle... A moins que le tarif n'ait changé.

05/04/2006

Cadeau Bonux

Lassé des dépêches n'offrant aucune analyse, et ayant honni les journaux télévisés plein d'une stridulence vapide (Si, si, ça veut dire quelque chose, ça veut dire qu'ils sont vides de sens mais qu'ils produisent quand même un bruit agaçant. Pas mal, hein ?), j'ai, une fois n'est pas coutume, acheté la presse. Je parle des magazines de chroniques plus ou moins politiques qui vous proposent la botte en devanture des kiosques.

En l'occurrence, je voulais avoir plusieurs sons de cloche sur cette histoire de CPE, d'autant que je m'étais aperçu en passant devant l'une de ces unes racoleuses (avec des flammes et tout) que les journaleux avaient enfin rattrapé mes conclusions et prédit une révolution. Ce que j'y ai trouvé, on s'en fout. Si vous voulez le savoir, vous n'avez qu'à aller les lire vous-mêmes, sans blague... Ce n'est pas du tout de ça dont je voulais parler.

Il s'agit de quelque chose dont on m'avait parlé mais que je ne voulais pas croire : les grands magazines se sont tous transformés en Pif Gadget. A l'intérieur du Monde, vous avez le monde diplomatique, le monde magazine, le monde culture, le monde des idées, le monde machinchose... Gratuit dans le Figaro Magazine, vous avez Madame Figaro et toute la famille... Le Nouvel Obs a lui aussi fait des petits, comme l'Express.

Eh, bien obligés. Quand on veut rester au top des ventes des grands journaux à consensus national (avec marqué "nous sommes sérieux" en gros sur la couverture pour qu'on ne les confonde pas avec d'autres magazines a qui il arrive de vérifier leurs sources...), on fait comme les copains. Au lieu de proposer un gadget, on vous fait l'article : les suppléments sont maculés de publicités déguisées en critiques culture (spectacles, restos, livres...).

Et à l'intérieur, il arrive qu'il y ait autre chose encore. Non pas comme les larges quotidiens dépliables ont des pages imbriquées les unes dans les autres, mais bien comme des poupées russes. Pour attirer le chaland et le maintenir intéressé, plutôt que de tout mettre dans un magazine normal, on divise tout et on fait un magazine gigogne. On remplit les blancs avec des pubs, des agendas, des échantillons, des livrets, des coupons...

Quel fait étrange que ces magazines ressemblent de plus en plus à Elle : papier glacé, publicités en pleine page, des petits bébés à l'intérieur du genre agenda culturel, Elle à Paris, Elle Ados, Elle Ménopausée, Elle Jalouse, Elle Je-Suis-Une-Jeune-Pouffe, que sais-je encore... Même Elle a une page société de temps en temps. Ou du moins quelque chose qui passe pour tel, au dos d'une pub avec échantillon gratuit de crème suractivée.

Je suis sûr que si l'un de ces grands groupes ajoutait un gadget, un avion en carton, un jeu de l'oie, un lance-pierre, un phénakistiscope à monter soi-même ou un sachet de daphnies, les autres le suivraient. Au cas où.

04/04/2006

Des Inconvénients de la Bouteille(r)

Pierre Bouteiller, homme de radio ayant été directeur des programmes de France Inter et France musique (si je ne me trompe, mais franchement, la carrière de cet homme m'échappe un peu, n'écoutant aucune de ces deux radios...) a sorti un livre écrit au vitriol pour emmerder le monde. je n'ai pas tout lu, mais apparemment il n'a pas digéré le fait de ne pas être grand patron de Radio France, ou je ne sais quoi.

A son âge, c'est normal, le pauvre. Je ne le plains pas, du moins pas à cause de ces mesquineries corporatistes, mais parce que c'est le livre classique de fin de vie, ou de rupture de carrière. Tous les vieux journalistes, acteurs et professionnels du show-business en publient un, en général avec "souvenirs" ou "histoire" dans le titre. Cela se veut un brûlot, un pavé dans la mare, basé sur des tas de recherches et sur l'expérience de terrain...

En fait ce sont des mémoires sélectives, déformées et réinterprétées au travers de récentes déconvenues par ce qui n'est rien d'autre qu'un vieillard aigri... Si compétent que l'auteur soit ou ait été. Sérieusement, tout le monde le fait. Même Jean Le Bitoux l'a fait pour régler ses comptes avec le milieu homosexuel maintenant que certains sont morts du SIDA et ne peuvent plus le contredire.

Roger Peyrefitte a écrit un roman qui va dans le même sens : il était âgé, usé, amer, démédiatisé et passé de mode, ne choquant plus par ses "amitiés particulières" du fait du mouvement gay, il voulait faire du sensationnel, écrire un truc bien provocateur... Il a fait "Roy", l'histoire d'un gamin de treize ans qui, outé, doit quitter la maison et tombe dans la drogue et la prostitution en Californie dans les seventies.

Bon, premier problème : Son style peaufiné à mort de fin de carrière enlève toute spontanéité et confère à l'adolescent le pragmatisme d'un homme de l'âge de Peyrefitte, c'est à dire presque gâteux. Deuxième problème : L'auteur n'a jamais mis les pieds en Californie, ou du moins pas récemment. Troisième problème, les gosses de treize ans avec une telle maturité sexuelle, c'est un GROS FANTASME DE VIEUX.

Mais c'est du bon Roger Peyrefitte, et si vous aimez, vous n'en serez que plus ravis. C'est après tout un auteur devenu classique, dont Gide faisait l'apologie, une grande figure de l'homosexualité d'avant que le coming out ne soit à la mode... Du temps ou les parties de touche-pipi en internat pouvaient choquer. Petit clin d'oeil aux éditions TG qui rééditent "Les Amitiés particulières" et "Roy" depuis quelques temps déjà...

Vous voyez, ça arrive à presque tout le monde, dans la plupart des domaines ou la gloire a été au rendez-vous : Ecrire un livre en se moquant du lecteur, simplement pour lancer un cri à la Calimero, un grand "c'est pas juste" à la face du monde. Même quand le livre ne parle pas des déconvenues de l'auteur, il en est imprégné, car il n'est pas écrit pour lui-même, pour exister en tant que livre.

Peu de ces livres de catharsis (ou carrément de crachats...) sont réellement des chefs d'oeuvre. Je ne sais pas si je publierai quoi que ce soit de littéraire un jour, et si ça m'arrive j'espère que je n'aurai pas besoin d'écrire pour autre chose que le livre et le lecteur... Mais je réalise que mon tempérament m'y pousse. N'est-ce pas, après tout, ce que je fais inlassablement dans ce Blog ?

03/04/2006

La vérité vous rendra libre

Six vérités simples et farfelues sur moi-même, pour rappeler celles du Loupil, qui rappelaient celles d'Audrey H. :

1) Je fais plus vieux que je ne le suis, et ça me désole.

2) J'ai perdu mon pucelage à 18 ans, mais je me suis bien rattrapé. Houlà, oui...

3) Je juge toujours sur la mine, je cherche toujours à réviser ce jugement, je me trompe rarement sur les cons.

    (Ceux qui vous disent "je ne juge pas" sont des menteurs : ils gardent simplement leur première idée pour eux, et, quand ils sont particulièrement ouverts d'esprit, ils ne s'y fient pas. Mais ils se placent toujours par rapport à ce qu'ils voient en approuvant, désapprouvant, ou en s'en foutant. Les gens qui ne vous jugent VRAIMENT pas sont ceux qui ne font pas attention à vous, les gens que vous indifférez... Le simple fait de voir entraîne nécessairement un jugement, si sommaire soit-il, lié à la culture et aux idées/opinions de l'observateur. Donc n'allez pas me dire que je suis un gros méchant, ce serait une hypocrisie politiquement correcte...)

4) J'ai horreur des collectifs qui se disent sans chefs, démocratiques ou autogérés, à la "je pense donc tu suis".

5) Mes exs sont tous plus ou moins névrosés, pas de mon fait, mais je commence à en avoir marre.

6) J'étais timide, maintenant je m'en fous.

L'un dans l'autre, rien que de très normal... Faites de même si vous l'osez : on peut parfaitement dire six vérités simples sur soi-même sans rien révéler d'intime. De toutes façons c'est libérateur.

Cent un commentaires

Un commentaire (de moi) publié suite à un billet sur Georgette Agutte et sa définition du dictionnaire, toujours chez le Loupil...

Ah, la bataille incessante de la concision et la sélection nécessaires contre l'exhaustivité respectueuse... Si seulement l'être humain pouvait faire plus que d'éclairer une infime partie à la fois ses connaissances avec le mince faisceau de torche électrique de sa concentration !
En attendant, il y aura toujours dans le dictionnaire et sur le calendrier des tas de gens dont on se fout et qu'on ne connaît pas... Et chacun pense qu'il y a d'autres gens qui mériteraient d'y être mais n'y sont pas. Qui se souvient de Casimir Pulaski, héros polonais de la révolution américaine mort à la bataille de Savannah ? Pourtant il a son "General Pulaski Day", une commémoration non chômée, certes, mais tout de même au niveau fédéral. C'est à peine s'il a quelques lignes dans les dictionnaires anglophones courants.
Aucune morale ici, aucun principe, si ce n'est que nous avons une culture judéo-chrétienne, donc basée sur l'histoire et la recollection d'événements passés... Et que l'on est TOUJOURS confrontés à l'impossibilité de se souvenir de tout, ou même de se souvenir de tout avec précision, acuité et exactitude. C'est une contradiction inhérente de notre culture et de nos spiritualités, d'ailleurs, de se souvenir d'une ou plusieurs versions de l'histoire, d'interpréter et de réinterpréter les sources tantôt comme mythes, tantôt comme faits, tout en perpétuant la tradition (qui tient de l'idée reçue) que l'Histoire est immuable... Alors qu'à chaque génération, elle apporte quelque chose de différent, dans chaque pays et chaque culture, toujours en mouvement. C'est pourquoi, si ça se trouve, cette peintre dont le nom m'a déjà échappé pourrait se retrouver au premier plan demain comme artiste incomprise de son siècle... Ou même complètement réinterprétée par des archéologues obtus dans un millénaire, et devenir la Cruelle Reine de la Cité Franche de Paris, qui peignait des femmes condamnées à mort par noyade ! Tout ceci a-t-il un sens ? Bien sûr que non. Qu'est-ce qui en a ? Peut-être rien. Au bout du compte, l'Histoire, le passé, ce qu'il y a dans le dictionnaire et comment tout cela est choisi, tout ça n'a aucun sens. C'est peut-être aussi le cas da la vie, du moins par notre bout de la lorgnette : aucun sens, si ce n'est la direction et la poussée arbitraire que nous lui imprimons. Et comment on en est arrivé à une réflexion de cette profondeur à partir d'une quasi anonyme qui a peint trois trucs et épousé un gars à peine plus fameux, je ne le saurais jamais... Mais rien que pour ça, elle mérite le respect !

Cent commentaires

Je viens seulement de réaliser que j'écrivais de longs commentaires sur un Blog étranger, celui du Loupil, mon hybride et nonobstant grand ami, et que vous, chers lecteurs, n'en profitiez pas. Réparant cette injustice criante, je vais recopier tout ou partie de ces commentaires, souvent élucubratoires, pouvant se tenir sans aide et débordant largement du sujet, sur ma page à moi...

Je donnerai quelques indications contextuelles si nécessaire, mais le mieux serait d'aller voir par vous-même le Blog du Loupil (il y a un lien juste à côté, si, si...) pour voir l'étincelle qui a mis le feu aux poudres désordonnées de ma réflexion. Je dois ajouter que si vous souhaitez écrire des commentaires, longs ou courts, ne vous gênez pas ! En tout cas, voici le premier, à propos d'une citation de George Perec :

George Perec était un joueur de mots émérite, un journaliste plus que correct et un érudit doté d'un grand sens de l'humour, mais franchement, son style, ça n'est pas la panacée... Ecrire le plus petit alexandrin et le plus long palindrome de la langue française, c'est un exploit, mais ça n'a qu'un intérêt limité, surtout que ni l'un ni l'autre n'ont beaucoup de sens, et ni l'un ni l'autre ne font partie d'une oeuvre qui les sublimerait, comme "Cette obscure clarté...", éternel exemple scolaire d'oxymore issue de la pièce classique.

Il n'y a qu'à voir le destin réservé au plus long roman français, "Artamène", écrit au XVIIIe siècle par un nobliau qui a dû beaucoup s'ennuyer, et qui fait quand même environ 13500 pages sur les aventures d'un roi de Perse (en l'occurrence, Cyrus) : Personne ne le connaît, personne ne le lit, ni maintenant, ni à l'époque de son écriture. C'est une curiosité académique, un succès d'estime.

Quant à Perec, il est moins prolifique (d'aucuns diraient qu'il a moins de mérite, mais là n'est pas la question), et l'on peut arguer qu'il n'écrit pas mal. Je persiste à le trouver moyen, comme un amateur, un tâcheron du verbe et pas un artiste. Il incarne d'ailleurs tout ce que je déteste en moi... Ciel, comme c'est soudain psychologique ! D'un autre côté, si LUI arrive à être publié, alors je peux écrire un roman quand je veux... Je serai d'ailleurs content si j'ai une carrière comme la sienne.

Je réitère mes remerciements au Loupil pour son Blog, qui n'a jamais autant mérité la première et élogieuse description que j'en ai fait.

02/04/2006

Mesdames et messieurs les jurés

Dans ma quête de simplicité, et histoire de faire mon intéressant, j'ai réuni en une liste nouvelle des citations intéressantes d'autres gens que moi. Ces individus sont parfois anonymes, parfois mes amis, parfois extrêmement célèbres... Toujours est-il qu'ils sont ici parce que leurs paroles reflètent ce que je pense. Ou du moins ce que j'ai pu penser. Je ne sais si ce sont des vérités simples, mais ce sont les miennes, et il y en a bien plus que quatre.

Soyons sérieux, ces phrases n'ont rien à voir avec la vérité, bien qu'elles soient toutes rigoureusement vraies... Une question philosophique purement académique qu'il me sied d'ignorer tant l'aspirine me fait défaut à cet instant. Les Indiens ne disent ils pas que derrière toute chose se cache une vérité ? Mais ces vérités-là sont sympathiques, et d'une manière ou d'une autre vous rendront service, ne serait-ce qu'en vous divertissant.

Comme je m'amuse beaucoup à vous dire les vôtres à longueur de temps et que vous avez le droit de me citer quand vous voulez (c'est juste que personne ne le fait, vu que je ne suis pas connu et que je n'écris pas si bien que ça), je me suis dit que j'allais vous dire les miennes, du moins celles qu'on m'a dites, de vérités. Ce sont des sentences lapidaires et percutantes, du moins elles tentent de l'être, d'où le nom : sentences qui tuent.

Après tout, il n'y a que la vérité qui blesse.

Ach, mais z'est l'Ab... comment ça, déjà dit ?

Il flotte à Paris un parfum de nervosité, comme dans la plupart des grandes villes de France. Les occupants des universités traînent largement les pieds malgré les injonctions/négociations. Des mouvements dans les gares, sur les routes et un peu partout pour bloquer le pays, bien que sans armes et relativement pacifiques, ne peuvent qu'être qualifiés d'insurrectionnels : entre insubordination, grève et résistance passive.

Pas si passive que ça, d'ailleurs, même si le "jeu" est un peu calmé maintenant que notre président, ménageant la chèvre et le chou comme on s'y attendait tous, a bravement tourné le dos à son adversaire en maintenant un CPE rendu parfaitement exsangue... Les arrestations et le fichage continuent (c'est le boulot de la police après tout). Il reste des casseurs désoeuvrés qui n'attendent qu'une autre manifestation pour aller se défouler.

Mais loin de ces "agents provocateurs", comme disent aussi les anglais, la population est divisée et ça se sent. Et ça se voit. Même le magazine Public (ou Choc, je ne sais plus, ça n'est pas important...) a publié un article sur le CPE : les stars pour, les stars contre. Les débats télévisés n'en finissent plus, quand bien même l'affaire devrait être terminée, ou du moins dans sa phase la moins médiatiquement intéressante/sensationnelle.

Sur les places les plus fréquentées de Paris, on peut voir des attroupements inhabituels. Des jeunes et des moins jeunes qui attendent, qui avec une banderole repliée, qui avec un tambour, au cas où. Il n'y a aucune manifestation de prévue, mais ils restent là, avec des policiers en face. Ces petits exercices de nonchalance sont loin d'être un crime (nous ne sommes plus sous Vichy !)... Mais... Qu'attendent-ils ? A quoi sont-ils prêts ?

Quantité de gens haïssent un peu plus tous ceux qui les ont empêché d'aller travailler, d'étudier, simplement d'aller et venir... J'en connais par exemple qui ont failli se faire agresser par des étudiants "filtrant" certain campus à Paris, rien que pour pouvoir faire signer un papier dont dépendait leur diplôme, leur emploi, peut-être leur avenir. Le CPE était-il une menace de cet ordre pour tant de français ? Un obstacle, peut-être, rien de plus.

Le jeu en valait-il la chandelle ? Même si le CPE dans sa version première était une attaque (assez grossière) pour tenter une brèche dans le système des prud'hommes, n'est-ce pas justement ces tribunaux et le code du travail qu'il faudrait changer ? N'est-ce pas parce qu'il est autrement inattaquable, ce système, que la nécessité d'une réforme s'impose à tous sans pour autant satisfaire personne ?

Je ne sais. le Napoléon de Neuilly, de moins en moins drôle, est apparu fatigué à la télévision pour dire qu'il faisait son travail. Il n'avait pas hésité à faire campagne avec autant de subtilité qu'un arbre qui s'abat, et proposer sa propre version de la réforme du contrat de travail : à ranger dans la boite des idées originales qui, idéalement, peuvent marcher, mais aussi dans celle des promesses électorales irréalisables et démagogiques.

Aucune conclusion, aucune répartie drolatique, aucune morale aujourd'hui.

Pourquoi est-ce que j'ai l'impression d'être un chroniqueur de guerre ?

Coimbra

Avril au Portugal,

A deux c'est idéal,

Là-bas si l'on Ets fou,

Le ciel l'est plus que vous.

Pour un sentimental

L'amour existe-t-il

Ailleurs qu'au Portugal

En Avril ?

C'est une chanson stupide de 1949 que je vous offre pour le premier Avril.

D'autant que nous sommes le 2, c'est ça, la blague.

Par ailleurs, l'image est un poisson d'avril fractal que j'ai trouvé sur un site de physiciens du Wisconsin.

Cherchez pas, ya aucun rapport avec la choucroute.

01/04/2006

Acné de la dernière pluie

Les problèmes de peau sont une plaie. L'inverse est vrai aussi, d'ailleurs, mais là n'est pas la question. Je n'en ai pas tant que ça, mais beaucoup de gens en ont trop... Moi j'ai juste quelques boutons de temps à autres : A Paris, une peau un peu trop sèche ou un peu trop grasse est vite agressée. Un beau jour, on m'a parlé de ce nouveau produit (et je commence à parler comme dans une publicité, je sais)...

Je ne citerai pas de nom. Quelqu'un m'a dit que c'était "vachement bien". C'est un de ces liquides bleus (ils sont invariablement bleus ou transparents et sentent vaguement le parfum, alors même que le principe actif quel qu'il soit n'est pas coloré et est inodore, sans doute pour que ça ait l'air plus efficace) dont l'on imbibe une ouate quelconque pour s'en humecter la face plus ou moins généreusement, sans frotter ni rincer.

J'ai mis la main sur diverses bouteilles de ^produits du même métal (si j'ose dire) et comparé les prix et les compositions... Certains sont avec alcool, sans alcool, d'autres ont des tas de produits chimiques ronflants simplement pour dire qu'il s'agit d'un dérivé de savon, d'autres sont plus parfumés que pharmaceutiques, mais tous sont surtout de l'eau : normal pour une telle solution qui doit simplement s'évaporer et assécher la peau.

Mais le produit miracle dont je parle, de quoi est-il fait ? Qu'est-ce qui a sauvé la peau du visage de mon ami et, sans doute, des générations de jeunes acnéiques ? Quel est l'ingrédient ultime, la solution géniale ? Je vous le donne en mille : "Composition : Acide acétylsalicilique, eau". De l'aspirine. Et encore, très diluée. Alors, est-ce que c'est l'effet placebo, ou même tout autre chose chez ce type qui a tout arrangé ?

Un changement de produit, la prise d'un autre médicament, une hormone en plus ou en moins, l'absence d'un allergène, une réduction du stress ou une variation de l'humeur, un changement alimentaire, un temps plus humide ou plus sec, plus chaud ou plus froid, une peau qui vieillit, l'opération du Saint Esprit (qui sait, c'est peut-être l'eau de Lourdes...), tout ça aurait bien pu jouer... Et l'a sans doute fait.

En attendant, si ça marche...

Posté par Elromanozo à 21:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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